Autour de 4 300 dollars l’once, l’or retrouve des acheteurs mais pas encore une tendance claire. Le rebond intervient après une forte correction au lendemain de la réunion de la Réserve fédérale américaine, la Fed, tandis que les marchés digèrent deux signaux contradictoires : une détente géopolitique au Moyen-Orient et une politique monétaire américaine plus stricte que prévu.
L’or remonte, mais le marché reste hésitant
Le cours de l’or évolue ce 18 juin 2026 autour de 4 300 dollars l’once. L’once troy est l’unité de référence internationale pour l’or ; elle correspond à 31,1 grammes.
Ce rebond fait suite à un retour des acheteurs après une phase de vente marquée. Les investisseurs avaient d’abord sanctionné le métal précieux après la réunion de la Fed du 17 juin. La banque centrale américaine a confirmé un ton ferme sur les taux d’intérêt, ce qui a pesé sur l’or.
Le mouvement reste fragile. Le marché cherche une direction entre, d’un côté, un apaisement des tensions au Moyen-Orient et, de l’autre, le maintien de rendements financiers plus attractifs aux États-Unis.
Pour les épargnants européens et belges, un autre élément compte aussi : l’or est coté en dollars. Le prix réellement payé en euros dépend donc également du taux de change euro-dollar.
L’accord États-Unis-Iran détend les marchés
Le soutien géopolitique vient d’un protocole d’accord électronique signé entre le président américain Donald Trump et le président iranien. Ce texte vise à mettre fin aux hostilités et à rouvrir le détroit d’Ormuz.
Ce passage maritime est stratégique. Une part importante du commerce pétrolier mondial y transite. Sa fermeture ou son blocage alimente habituellement les craintes d’un choc sur l’énergie et sur l’inflation.
Donald Trump a aussi indiqué, dans le cadre des discussions sur le nucléaire iranien, que le délai de 60 jours n’était pas figé. Cette souplesse a renforcé l’optimisme des marchés.
En théorie, une baisse du risque géopolitique peut réduire l’attrait de l’or, souvent considéré comme une valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs veulent protéger leur capital en période d’incertitude. Mais dans ce cas précis, la détente a aussi affaibli temporairement le dollar, ce qui a soutenu le cours de l’or. Un dollar plus faible rend l’or moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises.
La Fed freine le scénario haussier
Le principal obstacle vient toutefois de la Réserve fédérale américaine. Sous la première réunion de Kevin Warsh à sa tête, la Fed a maintenu ses taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %.
Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour orienter le coût du crédit dans l’économie. Lorsqu’ils montent ou restent élevés, les obligations et les placements rémunérés deviennent plus attractifs.
C’est un problème pour l’or. Le métal jaune est un actif non rémunéré : il ne verse ni intérêt, ni coupon, ni dividende. Quand les rendements obligataires augmentent, conserver de l’or devient donc relativement plus coûteux pour les investisseurs.
La Fed a surtout supprimé l’idée d’une baisse prochaine des taux et relevé ses projections pour la fin de l’année. Les marchés anticipent désormais une hausse d’environ 25 points de base en décembre. Un point de base équivaut à 0,01 point de pourcentage ; 25 points de base correspondent donc à 0,25 point.
Les contrats à terme, c’est-à-dire des instruments financiers permettant de parier ou de se couvrir sur un prix futur, intègrent une probabilité proche de 85 % pour ce mouvement. Cette anticipation renforce la prudence sur l’or.
Une résistance bloque encore les acheteurs
Sur les graphiques, la zone des 4 350 à 4 360 dollars forme désormais un plafond important. Les analystes techniques parlent de résistance : il s’agit d’un niveau de prix où les vendeurs apparaissent suffisamment nombreux pour empêcher la progression.
Cette zone correspond notamment à un retracement de 38,2 % de la baisse précédente. Le retracement mesure la part d’un mouvement de marché qui a été corrigée dans l’autre sens. Le seuil de 38,2 % est souvent utilisé en analyse graphique, notamment dans les méthodes dites de Fibonacci.
Elle coïncide aussi avec la moyenne mobile exponentielle à 200 jours. Cette moyenne lisse les variations de prix sur une longue période, en donnant plus de poids aux cours récents. Elle sert à repérer la tendance de fond.
Les indicateurs techniques restent partagés. Le RSI, qui mesure la vitesse et l’ampleur des variations de prix, ne donne pas encore de signal net. Le MACD, indicateur de tendance fondé sur des moyennes mobiles, confirme lui aussi un marché en recherche de direction.
Les statistiques américaines peuvent relancer la volatilité
Les investisseurs attendent désormais deux publications américaines : l’indice manufacturier de Philadelphie et les inscriptions hebdomadaires au chômage.
L’indice manufacturier de Philadelphie mesure l’activité industrielle dans une région importante des États-Unis. Les inscriptions au chômage donnent une indication sur la solidité du marché du travail.
Des chiffres robustes renforceraient l’idée d’une Fed stricte, car une économie solide laisse davantage de marge à la banque centrale pour maintenir des taux élevés. Ce scénario pèserait sur l’or.
À l’inverse, des données décevantes pourraient soutenir le métal précieux, en alimentant l’idée que la Fed devra redevenir plus accommodante. Une politique accommodante signifie des taux plus bas ou une attitude plus favorable au crédit et à la liquidité.
Pour les épargnants, la diversification reste l’enjeu
Cette séquence rappelle que le prix de l’or dépend de plusieurs forces : géopolitique, dollar, inflation, taux d’intérêt et psychologie des marchés.
Pour certains particuliers, l’or physique conserve un rôle de diversification. Les lingots, les lingotins et les pièces d’investissement permettent de détenir une partie de son patrimoine en dehors du système bancaire traditionnel. Les pièces d’investissement sont des pièces reconnues pour leur teneur en or, leur liquidité et leur acceptation sur le marché international.
Cette approche ne supprime pas la volatilité du prix. Elle répond plutôt à une logique de préservation du capital sur le long terme.
Le seuil des 4 300 dollars marque donc un rebond, pas encore une victoire des acheteurs. Tant que la Fed maintient une ligne dure et que la résistance des 4 350-4 360 dollars tient, le scénario haussier de l’or reste sous surveillance.


