+5 % en quelques jours : le cours de l’or a nettement rebondi en juin 2026 sur le marché mondial. Le mouvement intervient après une détente des tensions entre les États-Unis et l’Iran, qui a pesé sur les prix du pétrole, réduit les craintes d’inflation et détendu les rendements obligataires américains.

Pour les investisseurs belges et européens, l’enjeu est clair : ce rebond peut-il durer, ou s’agit-il seulement d’un rattrapage de court terme ? La réponse dépendra en grande partie de la prochaine décision de la Réserve fédérale américaine, la Fed, attendue lors de sa réunion des 17 et 18 juin.

L’or profite d’un meilleur climat de marché

Le rebond récent s’explique d’abord par un changement de perception du risque. La détente entre Washington et Téhéran a contribué à faire baisser la pression sur le pétrole. Un pétrole moins cher limite les anticipations d’inflation, c’est-à-dire la hausse attendue des prix dans l’économie.

Cette évolution a aussi favorisé une baisse des taux obligataires. Un taux obligataire correspond au rendement offert par une obligation, par exemple un emprunt émis par l’État américain. Quand ces rendements reculent, l’or devient relativement plus attractif.

La raison est simple : l’or ne verse ni intérêt ni dividende. Il est souvent décrit comme un « actif non générateur de rendement ». Lorsque les obligations rapportent beaucoup, détenir de l’or coûte plus cher en opportunité. Lorsque les rendements baissent, ce handicap diminue.

La Fed reste l’arbitre du mouvement

Le marché attend désormais le Federal Open Market Committee, ou FOMC. Il s’agit du comité de politique monétaire de la Fed, chargé de décider du niveau des taux directeurs. Les taux directeurs sont les taux de référence fixés par une banque centrale ; ils influencent ensuite le crédit, les obligations, les devises et les marchés financiers.

Les investisseurs anticipent un maintien des taux inchangés lors de la réunion des 17 et 18 juin 2026. La Fed devrait toutefois rester prudente, notamment en raison de l’inflation sous-jacente. Cette mesure exclut les éléments les plus volatils, comme l’énergie et l’alimentation, afin de mieux lire la tendance de fond des prix.

Une communication plus souple de la Fed pourrait soutenir l’or. À l’inverse, un message ferme sur l’inflation et les taux pourrait freiner le rebond. Le cours du métal jaune reste donc très sensible aux mots employés par la banque centrale américaine.

Trois conditions pour prolonger la hausse

Pour que la hausse se transforme en tendance plus durable, trois éléments devront être surveillés.

Premièrement, la Fed devra éviter de renforcer les anticipations de taux élevés pendant une longue période. Des taux durablement hauts soutiennent généralement le dollar et les rendements obligataires, deux facteurs souvent défavorables à l’or.

Deuxièmement, le pétrole devra rester contenu. Une nouvelle flambée énergétique raviverait les craintes d’inflation et pourrait pousser les banques centrales à garder une posture restrictive.

Troisièmement, le marché devra confirmer le mouvement par des seuils techniques. Un seuil technique est un niveau de prix surveillé par les investisseurs, car il peut déclencher des achats ou des ventes. Sans confirmation, le rebond de 5 % pourrait rester fragile.

Des prévisions encore très divergentes

Les projections pour 2026 restent prudentes et contrastées. WalletInvestor anticiperait une baisse modérée du prix de l’or en 2026, d’environ 4 363 dollars en juin à près de 4 260 dollars en décembre. LongForecast prévoirait aussi un recul annuel, avec une clôture autour de 4 151 dollars en fin d’année.

D’autres scénarios seraient plus ouverts. LiteFinance évoquerait, pour 2026, un cours proche de 4 332 dollars autour du 17 juin, avec des hypothèses allant d’une hausse vers 5 024 dollars à un repli dans une zone proche de 4 247 à 4 395 dollars. Pour 2027, les écarts seraient encore plus larges, entre un scénario très haussier et un retour vers 4 130 à 4 205 dollars.

Ces chiffres doivent être lus avec prudence. Les prévisions sur l’or dépendent de variables instables : décisions de la Fed, évolution du dollar, inflation, tensions géopolitiques et demande des investisseurs.

Ce que doivent surveiller les épargnants européens

Le cours international de l’or est généralement exprimé en dollars par once troy. Une once troy équivaut à environ 31,1 grammes. Pour un acheteur belge ou européen, le prix final dépend aussi du taux de change entre l’euro et le dollar.

Un dollar fort peut renchérir l’or en euros, même si le cours en dollars évolue peu. À l’inverse, un euro plus ferme peut amortir une hausse du métal en devise américaine.

À court terme, le message principal reste donc monétaire : le rebond de l’or est réel, mais sa poursuite dépendra de la Fed. La décision sur les taux comptera, mais la tonalité du communiqué et des commentaires qui l’accompagneront pourrait compter davantage encore.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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