Le prix de l’or a remonté le 6 juillet, porté par un dollar américain plus faible et par l’idée que la Réserve fédérale pourrait moins relever ses taux que prévu. Pour les investisseurs européens, et donc belges, ce mouvement rappelle un mécanisme central du marché de l’or : quand le dollar baisse et que les taux semblent moins menaçants, le métal jaune redevient plus attractif.
L’or profite d’un dollar en recul
Le mouvement observé concerne d’abord le marché international de l’or, coté principalement en dollars. Quand le billet vert se déprécie, l’or devient moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, comme l’euro. Cette baisse du dollar peut donc soutenir la demande.
Le facteur déclencheur vient des anticipations de politique monétaire aux États-Unis. Les marchés ont revu à la baisse la probabilité de nouvelles hausses de taux de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine. Une hausse de taux signifie que l’argent placé sur certains produits financiers, comme les obligations, rapporte davantage. À l’inverse, si les hausses de taux paraissent moins probables, l’avantage de ces placements diminue.
C’est important pour l’or, car l’or ne verse pas d’intérêt. Il ne produit ni coupon, comme une obligation, ni dividende, comme une action. Les investisseurs parlent alors de « coût d’opportunité » : c’est le rendement auquel un épargnant renonce en choisissant de détenir de l’or plutôt qu’un actif rémunéré. Lorsque les taux attendus baissent, ce coût d’opportunité diminue. L’or devient donc relativement plus intéressant.
La Fed reste au centre du marché
La Réserve fédérale reste l’acteur clé de cette séquence. Ses décisions influencent les taux d’intérêt américains, le dollar et, par ricochet, l’or. Le 6 juillet, les investisseurs ont intégré un scénario moins agressif sur les taux. Ce réajustement a pesé sur le dollar et soutenu les cours de l’or.
Le mécanisme est classique : moins de hausses de taux attendues signifie souvent moins de soutien pour la devise américaine. Or, un dollar plus faible tend à favoriser les matières premières cotées en dollars, dont l’or.
Pour un acheteur belge, la lecture doit toutefois rester nuancée. Le prix mondial de l’or peut monter en dollars, mais l’effet final en euros dépend aussi du taux de change euro-dollar. Si l’euro se renforce face au dollar, une partie de la hausse du cours international peut être atténuée pour un investisseur européen.
Une reprise après une correction marquée
Cette hausse intervient après une phase plus difficile pour le métal jaune. Fin juin, les analystes d’ING ont abaissé leurs prévisions de prix de l’or après une correction depuis des sommets précédents. Ils ont cité plusieurs vents contraires : des rendements obligataires américains plus élevés, un dollar plus fort et une demande d’investissement moins dynamique.
Les « rendements obligataires » désignent le revenu offert par les obligations, notamment celles du Trésor américain. Plus ces rendements montent, plus ils concurrencent l’or, qui ne rapporte pas d’intérêt. Les sorties d’ETF ont aussi pesé sur le marché. Un ETF, ou fonds coté en Bourse, est un produit financier qui permet d’investir facilement dans l’or sans acheter directement des pièces ou des lingots. Des sorties d’ETF indiquent que des investisseurs retirent de l’argent de ces produits.
ING a ramené ses prévisions à 4.300 dollars l’once pour le troisième trimestre 2026 et à 4.600 dollars l’once pour le quatrième trimestre, contre 4.850 et 5.000 dollars auparavant. L’once est l’unité de référence du marché de l’or : une once troy correspond à environ 31,1 grammes.
Les banques centrales offrent un soutien de fond
Malgré cette volatilité, le marché conserve un soutien structurel : les achats des banques centrales. Au premier trimestre 2026, les banques centrales et institutions officielles ont acheté environ 244 tonnes d’or. La Pologne et la Chine figurent parmi les acheteurs notables, la Chine ayant prolongé sa série d’achats à 19 mois consécutifs.
D’après le World Gold Council, organisme de référence du secteur aurifère, 84 % des banques centrales interrogées anticipent une part plus importante de l’or dans les réserves mondiales au cours des cinq prochaines années. Près de 90 % s’attendent aussi à une hausse des avoirs officiels en or sur les douze prochains mois.
Ces achats répondent à un objectif de diversification. Pour une banque centrale, détenir de l’or permet de réduire la dépendance à une devise ou à un actif financier particulier. Dans un contexte géopolitique et économique incertain, ce rôle de réserve reste recherché.
Ce que les investisseurs doivent surveiller
La hausse du 6 juillet montre que l’or reste très sensible à trois variables : le dollar, les taux américains et les anticipations des investisseurs. Un dollar plus faible et des taux attendus plus bas soutiennent généralement le métal jaune. À l’inverse, un dollar fort et des rendements obligataires élevés peuvent freiner sa progression.
Pour les épargnants belges, la décision d’achat ou de vente ne dépend donc pas seulement du prix affiché en dollars. Le niveau de l’euro, les frais de transaction, la prime sur les pièces ou lingots et l’horizon de placement comptent aussi.
L’or remonte parce que les marchés croient moins à de nouvelles hausses de taux américaines. Mais sa trajectoire reste suspendue aux prochaines données économiques et aux signaux de la Fed.


