Plus de 4 500 dollars l’once : l’or a retrouvé fin août un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis trois mois. La hausse, amorcée autour du 19 août 2026, s’est poursuivie jusqu’au 25 août sur le marché mondial. Elle combine plusieurs moteurs : baisse des rendements obligataires américains, affaiblissement du dollar, tensions commerciales et recherche de protection par les investisseurs.

L’once d’or désigne ici l’once troy, l’unité internationale utilisée pour les métaux précieux. Elle équivaut à environ 31,1 grammes. Un prix de 4 500 dollars l’once signifie donc que le marché valorise ce poids d’or à ce montant, avant conversion en euros, frais, prime ou marge commerciale.

Le Trésor américain relance l’intérêt pour l’or

Le principal déclencheur vient des États-Unis. Les rachats d’obligations du Trésor américain ont pesé sur les rendements obligataires. Un rendement obligataire correspond au revenu attendu par un investisseur qui détient une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis par un État ou une entreprise.

Lorsque ces rendements baissent, l’or devient plus attractif. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Mais si les obligations rapportent moins, le coût d’opportunité de l’or diminue. Ce terme désigne ce à quoi un investisseur renonce en choisissant un actif plutôt qu’un autre. Détenir de l’or coûte moins cher, en termes de rendement perdu, quand les placements obligataires rapportent peu.

Ce mécanisme explique une partie du rebond observé depuis le 19 août. Les investisseurs ont renforcé leurs achats d’or pour se protéger d’un environnement jugé plus incertain et moins rémunérateur sur les actifs de taux.

Le dollar faible amplifie le mouvement

La faiblesse du dollar a aussi soutenu le cours. L’or étant coté principalement en dollars sur les marchés internationaux, une baisse du billet vert rend le métal moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Cela peut stimuler la demande mondiale.

Pour un investisseur belge ou européen, l’effet est toutefois double. Si l’or monte en dollars mais que le dollar baisse face à l’euro, la progression en euros peut être moins forte. À l’inverse, une hausse simultanée de l’or et du dollar renforce souvent le gain en euros. Le prix affiché en dollars ne suffit donc pas à mesurer la performance réelle pour un épargnant européen.

Les tensions commerciales renforcent la valeur refuge

Les tensions commerciales, notamment entre les États-Unis et la Chine, ont renforcé la demande d’or comme valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise économique, financière ou géopolitique. L’or joue ce rôle car il n’est pas la dette d’un État, ne dépend pas d’un émetteur privé et reste échangeable sur de nombreux marchés.

Les incertitudes au Moyen-Orient ajoutent un facteur de soutien. Les cours du pétrole auraient atteint un plus haut de trois semaines vers la mi-août, dans un contexte d’inquiétudes liées au détroit d’Ormuz. Ce point de passage maritime est stratégique pour le transport d’hydrocarbures. Une tension dans cette zone peut alimenter les craintes d’inflation et de ralentissement économique, deux éléments souvent favorables à l’or.

La Chine reste un acteur clé du marché

Le comportement de la Chine entretient également le mouvement de fond. En juin 2026, Pékin a réduit ses avoirs en bons du Trésor américain à 633 milliards de dollars, un plus bas en 18 ans. En juillet, la Banque populaire de Chine a acheté 20 tonnes d’or, son niveau mensuel le plus élevé depuis 2023.

Cette stratégie traduit une diversification des réserves. Une banque centrale peut détenir des devises, des obligations d’État ou de l’or. En augmentant ses achats d’or tout en réduisant son exposition à la dette américaine, la Chine cherche à limiter sa dépendance au dollar et à renforcer ses actifs tangibles.

Ce type d’achat ne provoque pas toujours une hausse immédiate. Mais il soutient la demande structurelle, c’est-à-dire la demande de long terme, moins liée aux mouvements spéculatifs quotidiens.

Les spéculateurs misent sur la poursuite de la hausse

Les fonds dits Managed Money sont aussi très présents. Cette catégorie regroupe des acteurs financiers, comme des fonds spéculatifs, qui prennent position sur les contrats à terme. Un contrat à terme permet d’acheter ou de vendre de l’or à une date future à un prix fixé à l’avance.

En août 2026, ces fonds détenaient une position nette longue d’environ 137 700 contrats. Une position longue signifie que l’investisseur parie sur une hausse. Une position nette longue veut dire que les paris haussiers dépassent les paris baissiers.

Face à eux, les opérateurs commerciaux, comme les producteurs et les négociants, ont renforcé leurs positions courtes. Une position courte consiste à vendre à terme, souvent pour se couvrir. Pour un producteur, cela permet de sécuriser un prix de vente élevé avant une éventuelle baisse.

Ce positionnement soutient la hausse à court terme. Mais il accroît aussi le risque de correction si les investisseurs spéculatifs décident de prendre leurs bénéfices rapidement.

Ce que cela change pour les acheteurs d’or

Le plus haut de trois mois confirme le retour d’un intérêt marqué pour l’or. Pour les particuliers, il rappelle trois points essentiels.

D’abord, l’or réagit fortement aux taux américains et au dollar. Ensuite, le contexte géopolitique peut accélérer les mouvements. Enfin, un marché très haussier attire les spéculateurs, ce qui peut rendre les prix plus volatils.

L’or conserve son rôle de protection du capital, mais son prix peut varier fortement à court terme. Avant un achat ou une vente, le prix en euros, la prime sur les pièces ou lingots, les frais de transaction et l’horizon de détention restent déterminants.

La hausse actuelle repose donc sur des facteurs solides, mais aussi sur un positionnement de marché devenu plus tendu. Le métal jaune reste recherché, et c’est précisément lorsque l’enthousiasme progresse que la discipline d’achat devient la plus importante.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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