4 025 dollars l’once au comptant : l’or a accentué son repli vendredi 23 octobre, à 13 h 05. Les contrats à terme sur l’or s’échangeaient pour leur part à 4 040 dollars l’once. Le marché se dirige ainsi vers sa plus forte baisse hebdomadaire depuis juin, dans un environnement dominé par le renchérissement de l’énergie et les interrogations sur la politique de la Réserve fédérale américaine (Fed).
L’once troy est l’unité de référence du marché de l’or : elle équivaut à 31,103 grammes. Le prix exprimé en dollars concerne l’or fin négocié sur les marchés internationaux, et non directement le prix final d’un lingot ou d’une pièce en Belgique.
L’énergie ravive le risque d’inflation
La hausse des coûts énergétiques est au centre des préoccupations des investisseurs. En Europe, les prix de gros du gaz et de l’électricité seraient fortement orientés à la hausse dans un contexte de tensions sur l’offre et de crise géopolitique au Moyen-Orient.
Au 19 octobre, l’électricité au comptant aurait atteint 221,80 euros par mégawattheure (MWh), tandis que le contrat annuel CAL27 s’établissait à 109,61 euros/MWh. Le gaz européen pour livraison le mois suivant aurait, lui, atteint 85,88 euros/MWh.
Ces niveaux restent à considérer avec prudence, mais leur progression alimente une crainte essentielle pour les marchés : celle d’une inflation plus persistante. Lorsque l’énergie coûte plus cher, les entreprises peuvent répercuter une partie de cette hausse dans leurs prix. Les banques centrales risquent alors de maintenir des taux d’intérêt élevés, ou de les relever davantage, pour freiner la hausse générale des prix.
Des taux élevés pèsent sur le métal jaune
L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Son attrait relatif diminue donc lorsque les obligations, les dépôts ou certains instruments monétaires offrent des rendements plus élevés. C’est ce que les investisseurs appellent le coût d’opportunité : détenir de l’or implique de renoncer au revenu potentiel d’un actif rémunéré.
La Fed a relevé son taux directeur de 25 points de base, soit 0,25 point de pourcentage, le 16 septembre. Cette première hausse depuis juillet 2023 avait déjà contribué à soutenir les rendements obligataires et le dollar. Or, un dollar fort rend généralement l’or plus coûteux pour les acheteurs qui utilisent d’autres devises, dont l’euro.
Les inquiétudes actuelles ne portent donc pas uniquement sur le niveau des prix de l’énergie. Elles concernent aussi la réponse de la banque centrale américaine à cette nouvelle poussée inflationniste potentielle.
Une correction profonde depuis le sommet de janvier
Le recul de cette semaine s’inscrit dans une correction déjà marquée. L’or évoluait encore à 4 093 dollars l’once le 14 octobre, après un repli mensuel de 3,4 %. Ce niveau était inférieur de 26 % au record de 5 595 dollars atteint le 28 janvier 2026.
La zone des 4 000 dollars constitue un seuil surveillé par les opérateurs. En analyse technique, un support désigne un niveau de prix auquel les achats sont susceptibles de se renforcer. Une cassure durable sous ce seuil ne garantit pas une poursuite de la baisse, mais elle peut accroître la nervosité et déclencher des ventes supplémentaires à court terme.
La demande d’investissement ne s’est toutefois pas totalement retirée du marché. Les ETF adossés à l’or — des fonds cotés qui cherchent à reproduire l’évolution du métal en détenant de l’or physique ou via d’autres mécanismes — auraient enregistré 6,8 milliards de dollars d’entrées nettes en septembre. Ces flux n’ont cependant pas suffi à neutraliser l’effet des taux élevés et des ventes sur les marchés à terme.
Pour les épargnants belges, cette baisse en dollars ne se traduit pas automatiquement dans les mêmes proportions en euros. Le taux de change euro-dollar, la prime appliquée aux pièces et lingots, ainsi que la marge du négociant influencent le prix réellement payé ou obtenu. Dans un marché volatil, comparer le prix de rachat et le prix de vente, exprimés au gramme d’or fin, reste indispensable avant toute transaction.
La prochaine évolution de l’or dépendra largement de deux variables : la durée du choc énergétique et les signaux envoyés par la Fed sur ses futurs taux. À court terme, le métal précieux demeure pris entre son rôle de protection face aux crises et le poids grandissant des placements rémunérés.



