Alors que l’année 2026 débute, les marchés des métaux précieux digèrent une fin d’année 2025 historique marquée par le franchissement des 4 000 dollars pour l’or et le record absolu de l’argent au-dessus de 50 dollars.
C’est une séquence que les analystes qualifient déjà de changement de paradigme. En ce mois de janvier 2026, les investisseurs européens observent avec attention la consolidation des cours après une année 2025 explosive. Poussés par une conjonction rare de tensions géopolitiques, de faiblesse du dollar et d’une demande physique insatiable, les deux métaux monétaires ont redéfini leurs sommets historiques.
Une ascension fulgurante en moins d’un an
La dynamique haussière s’est accélérée de manière spectaculaire au cours des douze derniers mois. Pour comprendre l’ampleur du mouvement, il faut remonter au 14 mars 2025. Ce jour-là, l’or franchissait pour la première fois la barre psychologique des 3 000 dollars l’once, atteignant 3 004,86 dollars en séance.
Ce qui semblait être un plafond est rapidement devenu un plancher. À peine sept mois plus tard, en octobre 2025, le métal jaune enfonçait une nouvelle porte pour s’établir au-dessus des 4 000 dollars. Selon les données de marché compilées par Lear Capital, cette envolée s’explique principalement par l’incertitude persistante autour de la politique commerciale mondiale et un climat géopolitique sous haute tension.
L’argent métal, souvent surnommé « l’or du pauvre », n’est pas en reste. Après avoir dépassé les 40 dollars en septembre 2025 — son plus haut niveau depuis 2011 — le métal gris a finalement brisé sa résistance historique le mois suivant. L’argent a ainsi dépassé les 50 dollars, battant son précédent record de 49,45 dollars.
La voracité des banques centrales et de l’industrie
Au-delà de la spéculation, deux moteurs fondamentaux soutiennent ces prix : les réserves d’État et l’industrie verte.
D’une part, les banques centrales ont opéré un virage stratégique majeur. Les chiffres consolidés pour l’année 2024 montrent que les institutions monétaires ont acquis 1 086 tonnes d’or. Il s’agit d’une nette augmentation par rapport à la moyenne des années 2010, qui oscillait entre 400 et 500 tonnes annuelles. Ce retour massif de l’or dans les coffres des États témoigne d’une volonté de diversification face aux devises fiduciaires.
D’autre part, l’argent profite de son double statut de métal précieux et industriel. L’essor du photovoltaïque et des véhicules électriques a propulsé l’utilisation industrielle de l’argent à un niveau record de 680,5 millions d’onces dès 2024. Cette demande structurelle crée une tension sur les stocks physiques qui se répercute désormais pleinement sur les prix.
Qu’est-ce que l’once troy ?
Dans le négoce des métaux précieux, l’unité de mesure de référence est l’once troy (oz), et non l’once commune. Une once troy équivaut exactement à 31,103 grammes. Lorsque l’on parle d’un or à 4 000 dollars, il s’agit du prix pour cette quantité précise de métal pur.
L’investissement physique : protection et contraintes
Pour l’épargnant belge ou français, ces niveaux de prix posent la question de l’allocation d’actifs. De nombreux conseillers en gestion de patrimoine recommandent une exposition aux métaux précieux comprise entre 7 et 15 % du portefeuille pour couvrir les risques liés aux marchés financiers traditionnels.
Cependant, la détention d’or physique obéit à des règles strictes. Contrairement aux actions ou aux obligations, l’or et l’argent ne génèrent aucun revenu passif (ni intérêts, ni dividendes). De plus, l’investisseur doit prendre en compte les frais de stockage sécurisé, indispensables pour protéger ce capital.
Sur le plan fiscal, la distinction entre « bijou » et « investissement » est cruciale. À l’image de la législation au Royaume-Uni où seul l’or de qualité investissement (généralement 22 carats et plus) est exonéré de TVA, la plupart des pays européens, dont la Belgique, appliquent des régimes spécifiques favorisant les pièces et lingots titrés. Les bijoux, en raison des coûts de fabrication (la « façon ») et de la TVA applicable, restent déconseillés pour une pure logique d’investissement.
Alors que l’argent se maintient au-dessus de 50 dollars et l’or au-delà de 4 000 dollars en ce début 2026, la question n’est plus de savoir si les métaux précieux sont une valeur refuge, mais jusqu’où l’incertitude économique mondiale portera leur valorisation.



