Confronté à la fin de ses activités de casino et profitant de cours historiques, l’établissement macanais a fait fondre son célèbre sol doré. Une opération stratégique qui rapporte gros et illustre la liquidité immédiate du métal jaune en période de restructuration.
C’était l’une des attractions les plus insolites de l’ancienne colonie portugaise, symbole de l’opulence décomplexée de l’industrie du jeu. Durant des années, les touristes et clients du Grand Emperor Hotel ont foulé un sol d’une valeur inestimable, littéralement pavé de lingots d’or pur dans le hall d’entrée. Ce décor fastueux appartient désormais au passé : le groupe hôtelier a annoncé début février 2026 avoir démantelé et vendu ce trésor pour renflouer ses caisses.
Une opération financière opportune
La décision de se séparer de cet actif décoratif unique intervient alors que le prix de l’once d’or navigue sur des sommets. Au total, ce sont 79 kilogrammes de lingots d’or qui ont été extraits du sol lors de récents travaux de rénovation.
La société mère, Emperor Entertainment Hotel Limited, a confirmé avoir cédé le métal à un affineur basé à Hong Kong pour un montant total de 99,7 millions de dollars de Hong Kong. Cela représente environ 12,8 millions de dollars américains, soit près de 11 millions d’euros.
Pour la direction du groupe, le timing est purement pragmatique. Dans ses communications financières, l’entreprise qualifie la transaction de « bonne occasion » de monétiser un actif devenu obsolète tout en réalisant un gain comptable net estimé à 90,2 millions HKD (environ 10 millions d’euros). Cette injection de liquidités vise à financer la reconversion de l’hôtel et à rassurer les actionnaires sur la santé financière du groupe.
Une page se tourne pour l’industrie du jeu
Si la vente est financièrement juteuse, elle est surtout la conséquence directe d’un changement de paradigme à Macao. En octobre 2025, le Grand Emperor Hotel a dû fermer son casino. Cette cessation d’activité répondait à un durcissement drastique de la réglementation locale visant à éliminer les « casinos satellites » — ces salles de jeux gérées par des opérateurs tiers au sein d’hôtels ne possédant pas leur propre concession de jeu.
Privé de sa manne principale et contraint de se réinventer vers un modèle de divertissement et de loisirs plus traditionnel, l’hôtel n’avait plus de raison de conserver un hall d’entrée célébrant la fortune et le jeu.
Comprendre la liquidité de l’or
Cette transaction met en lumière une caractéristique fondamentale de l’or physique : sa liquidité. Contrairement à un immeuble ou à des actifs d’entreprise qui nécessitent des mois de négociations pour être vendus, l’or standardisé (lingots) peut être converti en liquidités quasi instantanément. Qu’il serve de pavage ou qu’il dorme dans un coffre, le métal conserve sa valeur intrinsèque et peut être revendu au cours international du jour auprès d’affineurs ou de comptoirs spécialisés.
Les marchés applaudissent la stratégie
La réaction des investisseurs ne s’est pas fait attendre. Le jour de l’annonce de la vente, le titre de la société mère a bondi de 9,76 % à la Bourse. Les marchés financiers semblent valider cette gestion rationalisée des actifs : transformer un décor dormant en trésorerie disponible est perçu comme un signe de bonne gestion dans un contexte de transition économique incertaine.
Alors que Macao tente de diversifier son économie au-delà du jeu, la fonte de ces lingots marque symboliquement la fin de l’ère du « tout-casino ». L’or, valeur refuge par excellence, quitte le sol de l’hôtel pour réintégrer les circuits financiers, offrant au groupe les moyens de sa nouvelle ambition.



