Alors que les incertitudes monétaires et géopolitiques s’intensifient en ce début d’année 2026, deux géants de la finance mondiale, Bank of America et JP Morgan, révisent leurs prévisions à la hausse. Le métal jaune pourrait franchir la barre symbolique des 6 000 dollars l’once dans les mois à venir, soutenu par les doutes entourant la Réserve fédérale et une demande physique insatiable.
Le marché de l’or est en ébullition. Ce vendredi 27 février, alors que les contrats à terme s’échangeaient aux alentours de 5 263 dollars l’once, les analystes de Bank of America (BofA) ont jeté un pavé dans la mare en publiant une note de recherche particulièrement optimiste. L’institution bancaire prévoit désormais que le cours de l’or atteindra les 6 000 dollars l’once au cours de l’année à venir.
Cette projection audacieuse ne survient pas dans un vide économique. Elle s’appuie sur une combinaison de facteurs techniques et fondamentaux, plaçant le métal précieux au cœur des stratégies de protection du capital face à l’érosion monétaire.
L’incertitude de la Fed comme catalyseur
Le moteur principal de cette anticipation haussière réside à Washington. Bank of America pointe du doigt l’incertitude croissante autour de la politique de la Réserve fédérale américaine (Fed). La récente nomination de Kevin Warsh et les inquiétudes persistantes concernant le budget américain poussent les investisseurs à chercher des valeurs refuges.
Bien que BofA anticipe une possible phase de consolidation à court terme, la tendance de fond reste résolument orientée à la hausse. Les analystes estiment que les investisseurs continueront de se tourner vers l’or pour se prémunir contre l’inflation et la dévaluation potentielle du dollar.
Un consensus bancaire : JP Morgan vise encore plus haut
Cette vision est corroborée par une autre institution majeure. Dans un rapport publié la veille, JP Morgan a également relevé ses attentes, fixant un objectif de prix à 6 300 dollars l’once d’ici la fin de 2026, soit une progression potentielle de plus de 20 % par rapport aux niveaux actuels.
Pour JP Morgan, la demande ne faiblit pas. La banque estime la demande trimestrielle à 585 tonnes pour l’année en cours. Trois piliers soutiennent cette analyse :
- Les banques centrales, qui continuent d’accumuler de l’or pour diversifier leurs réserves hors du dollar.
- Les assureurs chinois, en quête de rendements stables dans une économie asiatique en mutation.
- Le secteur des crypto-monnaies, qui voit dans l’or une couverture complémentaire aux actifs numériques.
Tensions sur l’offre et ambitions asiatiques
Au-delà de la demande financière, la structure même du marché mondial de l’or évolue. Hong Kong a officiellement exprimé, ce 25 février, son ambition de devenir un hub international majeur pour le commerce du métal jaune, signalant un déplacement continu du centre de gravité du marché vers l’Asie.
Parallèlement, l’offre physique connaît des soubresauts géopolitiques. Le Zimbabwe a annoncé jeudi la suspension de ses exportations de minerais bruts, une mesure de « nationalisme des ressources » visant à forcer la transformation locale. À l’inverse, la Banque centrale de Russie a injecté des liquidités sur le marché en vendant 300 000 onces de ses réserves plus tôt cette semaine, probablement pour répondre à des besoins budgétaires pressants. Ces mouvements contradictoires créent une volatilité qui, paradoxalement, renforce l’attrait de l’or comme actif de stabilité à long terme.
Contexte belge : la sécurité énergétique en question
Pour l’investisseur belge, ce contexte inflationniste mondial se double d’enjeux locaux cruciaux, notamment sur le plan énergétique, un secteur souvent corrélé aux matières premières.
Dans une annonce stratégique majeure pour l’économie du pays, Engie envisage officiellement la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires de Doel 4 et Tihange 3. Cette décision, actuellement à l’étude, vise à sécuriser l’approvisionnement électrique de la Belgique face à un marché de l’énergie toujours tendu. Pour les ménages et les entreprises, cette prolongation pourrait offrir une visibilité bienvenue sur les coûts énergétiques, dans un environnement où la préservation du pouvoir d’achat reste la priorité absolue.
Alors que les banques centrales et les géants de la finance parient sur une envolée historique de l’or, la question pour les épargnants n’est plus de savoir si le métal jaune a sa place dans un portefeuille, mais quelle part lui accorder pour traverser les turbulences de 2026.



