Alors que la Réserve fédérale américaine a confirmé ce jeudi 11 décembre 2025 un assouplissement monétaire majeur, incluant une baisse des taux et une reprise des rachats d’actifs, le cours de l’or marque paradoxalement une pause. Pendant ce temps, l’argent métal s’envole vers de nouveaux sommets historiques, dopé par un changement de statut stratégique aux États-Unis.
C’est un scénario classique des marchés financiers qui surprend toujours les investisseurs néophytes : l’adage « acheter la rumeur, vendre la nouvelle » s’est une fois de plus vérifié. Alors que toutes les conditions semblaient réunies pour propulser l’or vers de nouveaux records ce jeudi, le métal jaune a cédé du terrain, victime de prises de bénéfices massives après une année 2025 spectaculaire.
La Réserve fédérale ouvre les vannes
Ce 11 décembre 2025 marquera une date clé dans la politique monétaire américaine. Conformément aux attentes des marchés, la Réserve fédérale (Fed) a annoncé une réduction de ses taux directeurs de 25 points de base. Mais l’information principale réside ailleurs : la banque centrale a officialisé la reprise de son programme d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing).
Concrètement, la Fed va recommencer à acheter des bons du Trésor américain à un rythme initial de 40 milliards de dollars par mois. L’objectif affiché est d’injecter de la liquidité dans un système financier éprouvé par la récente paralysie politique à Washington.
Le saviez-vous ?
L’assouplissement quantitatif (ou Quantitative Easing) est un outil de politique monétaire non conventionnel. La banque centrale crée de la monnaie pour acheter des titres financiers (comme des obligations d’État). Cela a pour effet de faire baisser les taux d’intérêt à long terme et d’augmenter la quantité d’argent en circulation, ce qui est historiquement favorable aux actifs tangibles comme l’or, qui ne peuvent pas être imprimés.
L’or consolide après une année record
Malgré ces annonces théoriquement très favorables au métal jaune — la création monétaire ayant tendance à dévaluer le dollar et donc à soutenir l’or —, le cours au comptant a reculé de 0,5 % pour s’établir à 4 207,49 dollars l’once ce jeudi.
Ce repli technique s’explique par des mouvements de « prises de bénéfices ». Les traders, ayant anticipé ces annonces depuis plusieurs semaines, ont profité de la confirmation officielle pour vendre leurs positions et encaisser leurs gains. Il faut rappeler que l’once d’or a connu une ascension fulgurante cette année : elle ne cotait que 3 339 dollars en août dernier.
Le métal jaune subit également la pression des rendements obligataires. Plus tôt ce mois-ci, le 2 décembre, l’or avait déjà cédé 0,4 % face à la hausse des rendements des bons du Trésor à 10 ans. L’incertitude demeure forte sur la suite, d’autant que le président élu Donald Trump a fait savoir qu’il avait déjà choisi un remplaçant pour Jerome Powell à la tête de la Fed. Si le nom n’est pas officiel, les rumeurs persistantes évoquent Kevin Hassett, un profil qui pourrait rebattre les cartes de la stratégie monétaire en 2026.
L’argent métal : le nouveau « minéral critique »
Si l’or reprend son souffle, l’argent métal (Silver) vit une fin d’année euphorique. Ce jeudi 11 décembre, le cours de l’argent a atteint un nouveau record historique de 62,8895 dollars l’once, avant de se replier légèrement vers 61,80 dollars.
Cette explosion des prix — ils ont plus que doublé sur l’ensemble de l’année 2025 — ne doit rien au hasard. Outre son rôle de valeur refuge, l’argent bénéficie désormais d’un soutien politique de poids : le gouvernement américain vient officiellement de désigner l’argent comme « minéral critique ».
Cette classification reconnaît l’importance vitale de ce métal dans l’industrie moderne (panneaux solaires, électronique, véhicules électriques) et renforce son attrait auprès des investisseurs institutionnels qui craignent des pénuries d’approvisionnement.
Un contexte économique américain fragilisé
Ces mouvements sur les métaux précieux interviennent dans un contexte économique américain particulièrement trouble. Les États-Unis sortent à peine de la plus longue fermeture gouvernementale (shutdown) de leur histoire, terminée mi-novembre.
Cette paralysie administrative a eu des conséquences directes sur la visibilité économique, retardant la publication de statistiques clés sur l’inflation et l’emploi du mois d’octobre. Ce manque de données fiables a longtemps maintenu le doute sur la capacité de la Fed à baisser ses taux en décembre, la probabilité d’une telle action étant tombée sous les 40 % à la mi-novembre avant de remonter en flèche.
Pour l’épargnant belge et européen, cette volatilité outre-Atlantique rappelle l’importance de la diversification. Si le repli de l’or peut inquiéter à très court terme, les fondamentaux (baisse des taux, impression monétaire et instabilité politique) restent des vecteurs historiquement haussiers pour les métaux précieux.



