Alors que le cours de l’once d’or se maintient à des niveaux historiques en ce début d’année 2025, de nombreux épargnants s’interrogent sur la pertinence d’acheter des bijoux pour sécuriser leur capital. Entre taxation à l’achat, prime de façon et valeur de revente, l’équation financière s’avère bien plus complexe que pour l’or d’investissement classique. Analyse.
L’or agit traditionnellement comme une valeur refuge en période d’incertitude économique. Cependant, tous les objets en or ne se valent pas aux yeux de l’investisseur. Si le lingot ou la pièce boursable (comme le Napoléon 20 francs ou le Vreneli) répondent à une logique de marché standardisée, le bijou en or obéit à des règles distinctes, mêlant esthétique et valeur intrinsèque. Pour l’épargnant belge ou français, confondre « achat plaisir » et « investissement pur » peut s’avérer coûteux.
La rentabilité des bijoux : une équation à multiples inconnues
Contrairement aux idées reçues, la valeur d’un bijou acheté en bijouterie ne correspond pas strictement à son poids en or. En 2025, la rentabilité d’un tel actif dépend d’une structure de coût qui désavantage souvent l’acheteur dans une optique de spéculation à court terme.
La valeur repose sur quatre piliers :
- La pureté du métal : En Europe, et particulièrement en France et en Belgique, la norme pour la haute bijouterie est le 18 carats (750 millièmes), soit 75 % d’or pur et 25 % d’alliage (cuivre, argent). L’or d’investissement, lui, titre souvent à 24 carats (999 millièmes).
- Le poids réel : Seul le poids de l’or fin compte pour la valeur de fonte.
- La « façon » : Il s’agit du coût du travail de l’artisan, du design, de la marque et de la distribution. Cette prime est payée à l’achat mais souvent perdue à la revente.
- La fiscalité : Un point crucial pour l’investisseur européen.
Fiscalité et « façon » : le match bijoux contre or d’investissement
La différence fondamentale entre investir dans un lingot et une parure réside dans le cadre fiscal et la prime de fabrication. En Union Européenne, l’or d’investissement (lingots, pièces ayant cours légal, titrant au moins 900 millièmes) est généralement exonéré de TVA.
À l’inverse, l’achat d’un bijou neuf est soumis à la TVA (21 % en Belgique, 20 % en France). Concrètement, l’investisseur perd automatiquement environ un cinquième de sa mise dès la sortie de la boutique, sans compter la marge du bijoutier.
| Critère | Bijoux en or (Neufs) | Or d’Investissement (Lingots/Pièces) |
|---|---|---|
| Prix à l’achat | Cours de l’or + Façon + Marge + TVA | Cours de l’or + Faible prime (1% à 5%) |
| Fiscalité à l’achat (UE) | Assujetti à la TVA (env. 21%) | Exonéré de TVA |
| Valeur de revente | Souvent au poids (fonte) avec décote | Cours officiel (fixing) |
| Liquidité | Faible (nécessite expertise) | Immédiate et mondiale |
| Objectif | Plaisir, statut, usage | Protection du capital |
👉 L’analyse est sans appel : pour une rentabilité financière pure indexée sur le cours de l’or, les bijoux ne sont pas le véhicule approprié en raison du « poids » fiscal et des marges commerciales.
L’exception des bijoux signés et la transmission
Si l’achat de bijoux neufs pour l’investissement est déconseillé, certaines catégories échappent à cette logique et peuvent constituer une diversification patrimoniale intéressante.
- La « valeur signature » : Les pièces issues des grandes maisons de la Place Vendôme ou de créateurs historiques (Cartier, Van Cleef & Arpels, Boucheron) conservent, voire augmentent leur valeur. Ici, l’investisseur achète une marque et un objet d’art, plus que du métal.
- L’or antique et d’occasion : Acheter des bijoux sur le marché secondaire (enchères, occasions) permet souvent d’éviter la TVA et de payer un prix plus proche du poids de l’or, réduisant le « ticket d’entrée ».
- La transmission culturelle : Le bijou reste un actif tangible, portable et facile à transmettre (dons manuels, héritage), jouant un rôle de « réserve de valeur familiale » au-delà de la performance boursière.
Risques et décote à la revente : ce qu’il faut savoir
Avant toute acquisition en 2025, l’acquéreur doit mesurer les risques spécifiques au marché de la joaillerie, bien plus volatil que celui du bullion :
- La décote à la revente : La plupart des comptoirs de rachat d’or reprennent les bijoux « au poids » pour la fonte. Cela signifie que la beauté du travail, les pierres semi-précieuses ou la marque (si elle n’est pas prestigieuse) ne sont pas valorisées. Le prix proposé est souvent inférieur au cours spot de l’or.
- Le risque de contrefaçon : Le marché secondaire regorge de faux, d’où l’importance de vérifier les poinçons (tête d’aigle en France pour le 18k, par exemple) et de passer par des professionnels reconnus.
- L’effet de mode : Un design très prisé aujourd’hui peut devenir obsolète demain, rendant la revente difficile au-dessus du prix du métal.
Conclusion
Investir dans les bijoux en or en 2025 relève davantage de l’achat « plaisir » ou de la constitution d’un patrimoine émotionnel que d’une stratégie financière optimisée. La barrière de la TVA et les coûts de fabrication rendent la performance financière difficile à atteindre face à l’or d’investissement (pièces et lingots), qui bénéficie d’une fiscalité avantageuse et d’une cotation transparente.
Les bijoux doivent être considérés comme un actif de diversification ultime, à privilégier uniquement pour des pièces signées, anciennes, ou dans une optique de transmission intrafamiliale, sans attente de plus-value immédiate.


