Alors que l’incertitude économique persiste en Europe, les métaux précieux demeurent des actifs incontournables pour les épargnants. Si l’or conserve son statut de valeur refuge par excellence, l’argent métal séduit par son potentiel industriel. Décryptage des fondamentaux et des stratégies d’investissement pour l’année 2025.
C’est une question récurrente pour tout investisseur souhaitant diversifier son portefeuille : faut-il miser sur la stabilité du métal jaune ou parier sur la volatilité du métal gris ? En 2025, la réponse ne réside pas dans un choix binaire, mais dans une compréhension fine des mécanismes qui régissent ces deux marchés distincts.
Si les deux actifs partagent une histoire monétaire commune, leurs trajectoires pour l’année à venir pourraient diverger en raison de fondamentaux économiques et industriels bien spécifiques.
Deux métaux, deux dynamiques de marché
Bien que souvent associés, l’or et l’argent ne réagissent pas toujours aux mêmes stimuli. Comprendre leurs différences structurelles est la première étape pour bâtir une stratégie cohérente.
L’or : la monnaie ultime et le bouclier patrimonial
L’or reste avant tout un actif monétaire. Il est stocké par les banques centrales du monde entier et sert de couverture contre l’inflation et les crises systémiques. Avec un cours avoisinant les 65 € le gramme en ce début d’année, il se caractérise par une volatilité modérée. Il joue le rôle d’assurance pour le capital : il ne promet pas des rendements explosifs à court terme, mais préserve le pouvoir d’achat sur le long terme.
L’argent : le métal indispensable à l’industrie
L’argent, coté aux alentours de 0,75 € le gramme, possède une double nature. S’il conserve un attrait monétaire, plus de la moitié de la demande mondiale provient de l’industrie. Les secteurs de l’électronique, et surtout du photovoltaïque (panneaux solaires), sont de grands consommateurs d’argent.
Cette dépendance à la conjoncture économique rend l’argent beaucoup plus volatil que l’or. En période de croissance industrielle, il peut surperformer l’or de manière spectaculaire. À l’inverse, en cas de récession industrielle, son cours peut subir des corrections sévères.
Tableau comparatif des fondamentaux en 2025
| Critère | Or | Argent |
|---|---|---|
| Statut principal | Valeur refuge, actif monétaire | Métal industriel et spéculatif |
| Volatilité | Faible à moyenne | Forte (variations rapides) |
| Prix au gramme (est.) | ~65 € | ~0,75 € |
| Fiscalité (achat physique) | Exonéré de TVA (UE) | Soumis à la TVA (selon pays*) |
*Note : En Belgique et en France, l’or d’investissement est exonéré de TVA, contrairement aux lingots d’argent qui sont généralement soumis à la TVA (21% en Belgique, 20% en France), sauf exceptions pour certaines pièces à cours légal.
Quel métal privilégier selon votre profil d’investisseur ?
L’allocation d’actifs doit impérativement correspondre à l’aversion au risque de l’épargnant.
Pour un profil prudent (défensif), l’or doit constituer la majeure partie de la poche « métaux précieux ». Sa liquidité est assurée partout dans le monde et sa stabilité historique rassure. L’objectif est ici la conservation du patrimoine.
Pour un profil dynamique, l’argent offre un levier intéressant. La transition énergétique européenne et mondiale nécessite des quantités massives d’argent métal pour les panneaux solaires et les véhicules électriques. Certains analystes estiment que ce déficit structurel de l’offre pourrait propulser les cours à la hausse. Cependant, l’investisseur doit avoir les nerfs solides pour supporter les variations de cours.
Pour un profil équilibré, la diversification est la clé. Une répartition classique pourrait s’articuler autour de 60 % d’or et 40 % d’argent, permettant de sécuriser le socle du portefeuille tout en s’exposant au potentiel de croissance de l’argent.
Les supports d’investissement : physique ou papier ?
Investir dans les métaux précieux en 2025 peut se faire via plusieurs canaux, chacun présentant ses avantages et ses inconvénients.
L’achat physique : la possession réelle
L’achat de lingots et de pièces (Napoléon, Krugerrand, Maple Leaf) reste la méthode privilégiée par les puristes. Elle élimine le risque de contrepartie bancaire.
- Point de vigilance : Le stockage doit être sécurisé (coffre en banque ou société de gardiennage). De plus, pour l’argent physique, l’impact de la TVA à l’achat en Europe peut lourdement grever la rentabilité. Il est souvent conseillé de privilégier les pièces d’argent (parfois soumises à une fiscalité plus douce sur la marge) plutôt que les lingots.
Les produits financiers (« Or papier »)
Les ETF (Exchange Traded Funds) ou les certificats permettent de répliquer le cours des métaux sans contrainte de stockage.
- Point de vigilance : L’investisseur ne possède pas le métal, mais une créance. C’est une solution adaptée pour du trading à court terme, mais moins pertinente pour une assurance patrimoniale en cas de faillite systémique.
Les actions minières
Investir dans les sociétés qui extraient l’or et l’argent offre un effet de levier sur les cours. Si le prix du métal monte, les marges des mines explosent.
- Point de vigilance : On s’expose ici aux risques opérationnels (géopolitique, grèves, coûts de l’énergie).
Risques et fiscalité : ce qu’il faut savoir
Outre la volatilité des marchés, l’investisseur belge ou français doit être attentif au cadre légal. La revente de métaux précieux est encadrée strictement. En France, par exemple, le vendeur a le choix entre une taxe forfaitaire sur le montant de la vente ou une imposition sur la plus-value réelle (si preuve d’achat). En Belgique, la plus-value sur l’or réalisé dans le cadre d’une gestion normale du patrimoine privé est généralement exonérée d’impôt, ce qui en fait un paradis pour l’investisseur en or physique.
En conclusion, l’année 2025 s’annonce comme une période charnière. L’or demeure le socle inébranlable de la sécurité financière, tandis que l’argent se positionne comme un pari industriel d’avenir. La combinaison intelligente des deux, adaptée à la fiscalité locale, constitue sans doute la stratégie la plus robuste.


