Des chercheurs suisses de l’ETH Zurich ont mis au point un procédé révolutionnaire utilisant un dérivé du fromage pour récupérer l’or des déchets électroniques. Une méthode écologique et rentable qui pourrait redéfinir l’offre mondiale de métaux précieux alors que le cours de l’or signe une année 2025 record.
C’est une statistique qui illustre tout le paradoxe de notre ère numérique : une tonne de cartes mères d’ordinateurs contient jusqu’à 200 fois plus d’or qu’une tonne de minerai extraite d’une mine traditionnelle. Pourtant, la récupération de ce métal précieux restait jusqu’ici un défi coûteux et polluant.
Une avancée technologique majeure, dévoilée ce vendredi 12 décembre 2025 par l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH), pourrait changer la donne. En utilisant une simple protéine issue du lactosérum — un sous-produit de l’industrie fromagère —, les scientifiques parviennent désormais à séparer l’or des autres métaux avec une efficacité redoutable.
Du fromage à la pépite : une alchimie verte
Le procédé développé par l’équipe suisse repose sur la transformation des protéines de petit-lait en une sorte d’éponge nanoscopique. Plongée dans une solution d’acides contenant les pièces métalliques dissoutes des déchets électroniques, cette éponge capture sélectivement les ions d’or.
Contrairement aux méthodes industrielles classiques qui nécessitent souvent du cyanure ou des procédés pyrométallurgiques énergivores, cette technique est écologique, ne rejette aucun produit toxique et consomme peu d’énergie. Le résultat est probant : l’or récupéré atteint une pureté supérieure à 95 %, le transformant directement en une pépite de 450 milligrammes à partir de 20 vieilles cartes mères, selon les résultats publiés.
La « mine urbaine », un gisement inexploité
Pour l’investisseur comme pour l’industrie, le potentiel économique est colossal. Nos tiroirs regorgent de ces « mines urbaines ». Un smartphone standard renferme entre 30 et 60 mg d’or, tandis qu’un ordinateur peut en contenir jusqu’à 300 mg.
Jusqu’à présent, le coût écologique et financier du recyclage limitait son ampleur. Avec cette innovation, le seuil de rentabilité de la récupération de l’or baisse drastiquement. Selon des analystes du secteur, la part de l’or recyclé dans l’offre mondiale, actuellement de 25 %, pourrait grimper à 35 % d’ici 2035 grâce à la généralisation de ces technologies vertes.
L’or, grand gagnant de l’année 2025
Cette découverte intervient dans un contexte de marché particulièrement porteur pour le métal jaune. En cette fin d’année 2025, le cours de l’or a largement surperformé les marchés actions et le Bitcoin, confirmant son statut de valeur refuge face aux incertitudes économiques persistantes.
La capacité à produire de l’or « propre » devient un enjeu stratégique en Europe. Alors que les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) dictent de plus en plus les choix d’investissement institutionnels, l’or issu de ce type de recyclage pourrait à terme bénéficier d’une prime sur le marché par rapport à l’or extrait de mines controversées.
Comprendre : La différence entre or minier et or recyclé
Dans le jargon du marché des métaux précieux, il convient de distinguer deux sources d’approvisionnement :
- L’or minier : Il s’agit de la production primaire, extraite du sol. C’est un processus lourd, coûteux et ayant un fort impact environnemental.
- L’or recyclé : Il provient de la refonte de vieux bijoux ou, comme c’est le cas ici, de la récupération industrielle (déchets électroniques, dentaires). Chimiquement, l’or est inaltérable : un atome d’or recyclé est strictement identique à un atome d’or fraîchement extrait. Seule son empreinte carbone change.
L’innovation de l’ETH Zurich prouve que l’avenir du métal jaune ne se trouve pas uniquement dans les profondeurs de la terre, mais peut-être bien dans nos poubelles… et nos fromageries.



