172 000 emplois créés en mai aux États-Unis : ce chiffre, publié le 5 juin par le Bureau of Labor Statistics, a suffi à raviver la pression sur l’or et l’argent. Les créations d’emplois non agricoles, c’est-à-dire les postes ajoutés hors secteur agricole, ont été environ deux fois supérieures aux attentes. Résultat : les marchés financiers anticipent une Réserve fédérale américaine plus ferme sur ses taux d’intérêt.

L’or et l’argent reculent car des taux plus élevés rendent les placements rémunérés plus attractifs que les métaux précieux, qui ne versent ni intérêt ni dividende.

L’emploi américain change les attentes de marché

Le mouvement concerne les investisseurs mondiaux, avec un point de départ aux États-Unis. Depuis début juin 2026, les cours de l’or et de l’argent sont sous pression après la publication d’indicateurs économiques américains plus robustes que prévu.

La Fed, dirigée par Kevin Warsh, est désormais attendue sur une politique monétaire plus restrictive. Un consensus de marché place le taux directeur américain autour de 3,87 % fin 2026. Le taux directeur est le taux fixé par une banque centrale pour influencer le coût du crédit dans l’économie. Quand il monte, emprunter devient plus cher, l’activité peut ralentir et l’inflation est censée être freinée.

Pour l’or, cette mécanique est défavorable à court terme. Le métal jaune est souvent recherché comme réserve de valeur, mais il ne produit pas de revenu. Lorsque les obligations d’État offrent un rendement plus élevé, certains investisseurs arbitrent en faveur de ces titres. Le rendement obligataire désigne le revenu attendu d’une obligation, souvent émise par un État, rapporté à son prix.

L’inflation et le pétrole renforcent la pression

La tension ne vient pas seulement des statistiques d’emploi. L’inflation américaine a atteint 3,8 % en mai 2026, son plus haut niveau en trois ans. La flambée des prix du pétrole liée au conflit en Iran alimente cette pression.

Cette hausse des prix de l’énergie complique la tâche de la Fed. Une inflation persistante peut pousser la banque centrale à maintenir, voire relever, ses taux. Pour les métaux précieux, le signal est ambivalent : l’or protège traditionnellement contre la perte de pouvoir d’achat, mais des taux élevés augmentent le coût d’opportunité de sa détention. Le coût d’opportunité correspond au rendement auquel un investisseur renonce en choisissant un actif plutôt qu’un autre.

L’or efface une partie de son avance

Le recul est marqué. Après un pic proche de 5 600 dollars l’once en janvier, l’or a chuté d’environ 25 %, pour revenir autour de 4 100 dollars l’once début juin. L’once utilisée pour les métaux précieux est l’once troy, soit environ 31,1 grammes.

La baisse touche aussi l’or physique, c’est-à-dire les pièces, lingots et lingotins détenus directement par les épargnants. Le prix payé par un particulier peut toutefois varier selon la prime. La prime correspond à l’écart entre le prix de vente d’une pièce ou d’un lingot et la valeur du métal qu’il contient. Elle dépend de la demande, de la rareté, des coûts de fabrication et des marges commerciales.

Un autre facteur pèse sur la demande mondiale : l’Inde a relevé à 15 % sa taxe à l’importation sur l’or afin de limiter les entrées de métal. Ce pays reste l’un des grands marchés mondiaux de l’or physique, notamment pour la bijouterie et l’épargne familiale.

L’argent subit une double contrainte

L’argent métal suit la même tendance baissière, avec une volatilité souvent plus forte que celle de l’or. La volatilité mesure l’ampleur des variations de prix. Plus elle est élevée, plus le cours peut monter ou baisser rapidement.

L’argent est à la fois un métal précieux et un métal industriel, utilisé notamment dans l’électronique, le solaire et certaines applications médicales. Cette double nature le rend sensible aux anticipations de taux, mais aussi aux perspectives de croissance économique.

Plusieurs prévisions de marché suggéreraient une année 2026 difficile pour l’argent, avec un possible creux autour de 50,30 dollars l’once en octobre et une stabilisation éventuelle entre 56 et 65 dollars en fin d’année. Ces projections restent incertaines : elles dépendent des futures décisions de la Fed, de l’inflation et de l’évolution du conflit en Iran.

Ce que cela signifie pour les investisseurs belges

Pour un investisseur basé en Belgique ou en zone euro, le prix en dollars ne suffit pas. L’or et l’argent se négocient principalement en dollars sur les marchés internationaux. Le taux de change euro-dollar influence donc le prix final en euros. Un dollar plus fort peut renchérir l’achat de métal pour un épargnant européen, même si le cours en dollars baisse.

La situation actuelle appelle surtout à distinguer horizon court et horizon long. À court terme, la hausse attendue des taux américains pèse sur les cours. À plus long terme, certaines projections sur l’or resteraient favorables, portées par les incertitudes géopolitiques, l’endettement public et la demande d’actifs refuges. Un actif refuge est un placement recherché en période de stress financier ou politique, car il est perçu comme plus résilient.

La baisse de juin ne remet donc pas mécaniquement en cause le rôle patrimonial de l’or et de l’argent. Elle rappelle surtout que les métaux précieux ne montent pas en ligne droite. Leur prix dépend autant de la confiance dans les monnaies que des taux, de l’inflation et de la demande mondiale.

Le message principal reste clair : tant que les marchés anticipent des taux américains plus élevés, l’or et l’argent devraient rester sous pression.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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