Près de 14 000 dollars la tonne : après un record récent, le cuivre reste à un niveau historiquement élevé. Pour Frank Giustra, ce marché pourrait rester soutenu par une offre minière difficile à développer et par les besoins croissants de l’électrification mondiale. L’investisseur a également évoqué deux opportunités minières en Colombie, dans un entretien repris le 22 septembre par Streetwise Reports.

L’analyse associe trois thèmes : les tensions structurelles sur le cuivre, une demande d’or qui resterait solide, et l’intérêt d’actifs miniers colombiens. Les codes boursiers ARIS, CGNT, CGNRF et 29H0 sont cités dans l’article, sans que les deux sociétés visées soient toutes clairement identifiées dans les éléments disponibles.

Le cuivre recule du record, sans effacer les tensions

Le cuivre avait atteint environ 14 736 dollars la tonne le 8 septembre, avant de revenir près de 14 000 dollars le 15 septembre. Cette baisse s’explique notamment par un réapprovisionnement des entrepôts du London Metal Exchange (LME), la principale place mondiale de référence pour les métaux industriels.

Les stocks enregistrés au LME auraient progressé d’environ 20 % en trente jours, à près de 249 200 tonnes. Les stocks dits on-warrant, c’est-à-dire les volumes disponibles avec un récépissé permettant leur livraison via la Bourse, s’élevaient à environ 242 900 tonnes. De nouvelles livraisons ont ainsi réduit la rareté immédiate du métal.

Cette détente a fait basculer le marché vers le contango. Ce terme désigne une situation dans laquelle le prix pour une livraison future dépasse le prix au comptant, contrairement à une période de tension physique où le métal disponible immédiatement peut être plus cher.

Cette amélioration à court terme ne règle toutefois pas le défi de l’offre sur plusieurs années. Ouvrir une mine exige souvent plus d’une décennie, entre l’exploration, les autorisations, le financement, la construction et la mise en production.

Réseaux électriques et centres de données soutiennent la demande

Le cuivre est indispensable aux câbles, aux transformateurs, aux moteurs électriques et aux infrastructures numériques. La croissance des réseaux électriques, des véhicules électriques, des énergies renouvelables, des logements et des équipements industriels alimente donc les perspectives de consommation.

Les centres de données, notamment ceux liés à l’intelligence artificielle, constituent un facteur supplémentaire : ils nécessitent des raccordements électriques puissants et des infrastructures de refroidissement. Une projection attribuée à l’Agence internationale de l’énergie estime que l’offre primaire de cuivre pourrait être inférieure d’environ 25 % aux besoins en 2035, dans un scénario fondé sur les politiques déclarées. La demande mondiale pourrait augmenter d’environ 7 millions de tonnes d’ici 2040.

Ces prévisions restent incertaines. Elles dépendent de la croissance économique, du recyclage, des substitutions technologiques et de la capacité des producteurs à découvrir puis développer de nouveaux gisements.

Mocoa, un vaste projet encore loin d’une mine

Parmi les dossiers colombiens mis en lumière figure Copper Giant Resources et son projet Mocoa, dans le sud de la Colombie. La société présente une ressource présumée d’environ 1,12 milliard de tonnes, avec une teneur de 0,51 % d’équivalent cuivre.

L’« équivalent cuivre » convertit la valeur potentielle de plusieurs métaux d’un gisement dans une unité commune, ici le cuivre. À Mocoa, la ressource comprendrait environ 0,31 % de cuivre et 0,039 % de molybdène, un métal utilisé notamment dans certains aciers et alliages industriels. Copper Giant Resources estime le contenu à près de 7,7 milliards de livres de cuivre et environ 1 milliard de livres de molybdène.

Ces chiffres doivent être lus avec prudence. Une ressource présumée est la catégorie géologique la moins certaine : elle repose sur des informations encore insuffisantes pour démontrer avec précision la continuité et l’exploitabilité du minerai. Elle n’est ni une réserve minière, ni une preuve de rentabilité économique.

Pour devenir une mine, Mocoa devrait encore franchir de nombreuses étapes : forages complémentaires, études techniques, évaluation des coûts, financement, permis environnementaux et acceptabilité locale.

L’or conserve son rôle de diversification

Frank Giustra souligne également une demande d’or qui resterait soutenue. Pour un épargnant, l’or n’a pas le même rôle que le cuivre : le premier est principalement recherché comme actif de diversification et de préservation du capital, tandis que le second dépend largement de l’activité industrielle.

Les sociétés minières, elles, présentent un risque distinct de celui du métal physique. Leur cours dépend du prix des métaux, mais aussi des coûts d’exploitation, de la dette, des permis, de la stabilité politique et de l’exécution du projet. Les juniors d’exploration ou de développement peuvent connaître des variations particulièrement fortes.

Le dossier colombien illustre ainsi le contraste entre une thèse haussière de long terme sur le cuivre et le risque élevé inhérent à un projet minier non encore exploité. La hausse de la demande mondiale ne suffit pas, à elle seule, à garantir qu’un gisement deviendra une mine rentable.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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