Alors que les cours du métal jaune ont tutoyé des sommets mondiaux au début de l’année 2026, portés par les achats massifs des banques centrales, certains gestionnaires d’actifs appellent à un retour aux fondamentaux. Pour le dirigeant de Morton Wealth, l’or ne doit pas être perçu comme un ticket de loterie, mais comme une assurance indispensable face à la fragilité du système monétaire actuel.

En janvier 2026, l’or a atteint des records historiques sur les marchés financiers internationaux. Cette flambée des prix, nourrie par de vives incertitudes géopolitiques, a déclenché une véritable ferveur spéculative. Pourtant, au cœur de cette effervescence, certaines voix influentes du monde de la finance plaident pour une approche radicalement différente.

Dans une interview accordée au média spécialisé Kitco News fin avril, Jeff Sarti, le PDG de la société de gestion américaine Morton Wealth, a détaillé sa vision stratégique. Selon lui, l’or ne doit pas être envisagé comme un investissement cherchant le rendement absolu, mais plutôt comme un véhicule d’épargne protecteur à très long terme.

L’or, un rempart contre la « monnaie fiat » et l’inflation

Pour protéger le capital de ses clients, Morton Wealth alloue actuellement 5 à 6 % de ses portefeuilles à l’or physique, et 2 à 3 % supplémentaires aux actions d’entreprises minières. Une position structurelle que le cabinet maintient d’ailleurs depuis 2015, anticipant de longue date les failles du système financier traditionnel.

Jeff Sarti considère les métaux précieux comme la meilleure couverture possible contre l’endettement massif des États occidentaux et la dévaluation monétaire. Il pointe particulièrement le risque lié au système des monnaies « fiat ».
Pour rappel pédagogique, une monnaie « fiat » (ou fiduciaire) est une devise décrétée légale par un État, comme l’euro ou le dollar, mais qui ne repose sur aucune contrepartie physique tangible, contrairement au système de l’étalon-or abandonné au siècle dernier. Sa valeur repose uniquement sur la confiance accordée à la banque centrale qui l’émet.

Le gestionnaire met également en garde les investisseurs face au risque de stagflation, une situation économique complexe combinant une croissance économique stagnante (voire une récession) et une forte inflation des prix. Dans un tel scénario, les liquidités fondent et les actions traditionnelles souffrent, laissant l’or comme l’un des rares refuges efficaces.

Loin d’espérer une envolée des prix vers les 10 000 dollars l’once, Jeff Sarti précise qu’une progression saine vers les 2 500 dollars est préférable. Une flambée trop fulgurante signifierait, selon lui, l’effondrement pur et simple du système financier mondial. L’approche du cabinet reste pragmatique : face aux records de janvier 2026, Morton Wealth a d’ailleurs choisi de prendre une partie de ses bénéfices, démontrant une gestion active de cette réserve de valeur.

Un mouvement de fond soutenu par les banques centrales

La philosophie de Morton Wealth trouve un écho direct dans les agissements récents des grands acteurs étatiques. La méfiance envers le dollar américain alimente une tendance lourde à la dédollarisation à l’échelle mondiale.

Les données publiées début avril confirment cette dynamique : au cours du mois de mars, la Chine a ajouté 5 tonnes d’or à ses réserves, tandis que la Turquie a monétisé 118 tonnes sur son marché intérieur. Parallèlement, le groupe des BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et leurs nouveaux alliés) accélère le remplacement de ses réserves de dollars par des lingots. Cette accumulation stratégique par les États absorbe une part significative de l’offre mondiale et soutient structurellement le cours du métal.

Les institutions européennes ne sont pas en reste en matière d’optimisation de leurs réserves. La Banque de France a récemment procédé à une opération massive sur le sol américain, vendant 129 tonnes d’or pour racheter un volume équivalent en Europe.
Cette manœuvre est ce que l’on appelle un « arbitrage financier », une technique consistant à tirer profit des légères différences de prix, de primes ou de taux de change entre deux marchés distincts. Cette relocalisation des réserves souveraines a permis à l’institution française de dégager un profit estimé à 15 milliards de dollars.

Entre prudence et prévisions spéculatives extrêmes

Si la vision de l’or comme « épargne de bon père de famille » défendue par Jeff Sarti séduit les investisseurs soucieux de préservation patrimoniale, d’autres acteurs du marché se montrent beaucoup plus agressifs dans leurs projections.

Un analyste de la firme Gabelli a récemment déclaré que l’or s’imposerait comme l’alternative principale au billet vert. Selon ses modèles mathématiques, le prix de l’once d’or pourrait se diriger à terme au-delà de la barre des 6 000 dollars. De même, du côté des métaux industriels, le PDG de Vizsla Copper a anticipé un nouveau super-cycle des matières premières. Selon ce dirigeant, le cours du cuivre surperformerait prochainement l’or et l’argent, et pourrait potentiellement atteindre les 30 dollars.

Bien que ces prévisions restent purement spéculatives et sujettes aux aléas économiques, elles illustrent parfaitement le climat financier actuel. Entre les investisseurs cherchant un abri pour la décennie à venir et les spéculateurs pariant sur la fin de l’hégémonie du dollar, les métaux précieux n’ont jamais autant capté l’attention des marchés mondiaux. La véritable question pour l’investisseur particulier n’est donc plus de savoir combien l’or va lui rapporter à court terme, mais plutôt quelle part de son patrimoine il protégera en cas de crise systémique.

Journaliste économique, Émilien s’intéresse aux usages industriels des métaux précieux et aux innovations technologiques qui façonnent leur avenir.

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