Plus de 4.000 dollars l’once, mais toujours sous pression. Fin juin 2026, l’or a rebondi après être passé sous ce seuil symbolique plus tôt dans le mois. Ce mouvement relance une question centrale pour les investisseurs : le Dollar Debasement Trade est-il encore vivant ?

Ce terme désigne une stratégie consistant à parier sur l’affaiblissement du dollar américain, en raison de l’inflation, des déficits publics et de la perte de pouvoir d’achat de la monnaie. Dans ce scénario, l’or profite souvent de son rôle de réserve de valeur. Mais en juin, le dollar s’est renforcé et la Réserve fédérale américaine a envoyé un signal plus strict sur les taux. Le pari serait donc devenu moins évident.

Le pari contre le dollar se heurte à la Fed

Le débat serait relancé parmi les analystes et investisseurs : le Dollar Debasement Trade fonctionnerait moins bien lorsque la banque centrale américaine durcit le ton.

La Réserve fédérale, souvent appelée Fed, fixe les taux directeurs aux États-Unis. Ces taux influencent le coût du crédit, les rendements obligataires et l’attractivité du dollar. Fin juin, les marchés ont interprété le ton ferme de son président, Kevin Warsh, comme le signe possible de nouvelles hausses de taux pour lutter contre l’inflation.

Pour l’or, ce point est décisif. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les taux réels montent, son coût d’opportunité augmente. Les taux réels correspondent aux taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Plus ils sont élevés, plus les placements rémunérés deviennent attractifs face à l’or.

Le problème du pari sur la dépréciation du dollar est donc simple : il peut être juste à long terme, mais coûteux à court terme si la Fed maintient le dollar sous tension.

L’or rebondit, mais sans effacer la correction

Le 26 juin 2026, l’or est repassé au-dessus de 4.000 dollars par once troy. L’once troy est l’unité de référence du marché de l’or ; elle équivaut à environ 31,1 grammes.

Ce rebond a été favorisé par des données américaines montrant une modération de certaines mesures de l’inflation sous-jacente. L’inflation sous-jacente exclut les éléments les plus volatils, comme l’énergie et l’alimentation, afin de mieux mesurer la tendance de fond des prix.

Autre facteur technique : des rachats de positions vendeuses, ou short-covering. Cela signifie que des investisseurs qui avaient parié sur une baisse de l’or rachètent le métal ou des contrats liés à l’or pour clôturer leurs positions. Ce mouvement peut accélérer un rebond, sans nécessairement signaler un changement durable de tendance.

Le dollar s’est aussi légèrement assoupli après ces chiffres d’inflation, ce qui a soutenu l’or. Un dollar plus faible rend l’or moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, notamment l’euro. Mais le marché reste prudent, car le billet vert conserve une résilience notable.

Pourquoi le dollar fort pèse sur l’or

L’or est coté mondialement en dollars. Quand le dollar monte, le prix de l’or devient mécaniquement plus élevé pour les investisseurs européens, asiatiques ou émergents qui convertissent leur devise locale.

Pour un épargnant belge ou francophone de la zone euro, la situation est double. Un dollar fort peut soutenir la valeur en euros d’un stock d’or déjà détenu. Mais il peut aussi rendre un nouvel achat plus coûteux si le prix en dollars reste élevé.

Le marché actuel mélange donc deux forces opposées. D’un côté, les déficits américains et la perte de pouvoir d’achat des monnaies nourrissent l’argument de long terme en faveur de l’or. De l’autre, une Fed restrictive soutient le dollar et les rendements, ce qui réduit l’attrait immédiat du métal jaune.

Le « debasement » n’a pas disparu

Dire que le Dollar Debasement Trade serait mort paraît prématuré. La logique de fond reste connue : si une monnaie perd progressivement de son pouvoir d’achat, certains investisseurs cherchent refuge dans des actifs rares, dont l’or.

Mais le calendrier a changé. Le scénario ne se résume pas à une ligne droite. Il dépend des décisions de la Fed, de l’évolution de l’inflation et de la capacité du dollar à rester la principale monnaie de réserve mondiale.

En Europe, le débat monétaire prend aussi une autre forme. Le lancement d’un euro numérique viserait 2029, après une étape favorable au sein de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. Cette perspective reste à confirmer dans son calendrier final, mais elle rappelle que les monnaies évoluent aussi dans leur forme, pas seulement dans leur valeur.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Trois indicateurs dominent désormais le dossier.

D’abord, les taux réels américains. S’ils restent élevés, l’or pourrait manquer d’élan malgré les inquiétudes sur les déficits. Ensuite, le dollar. Un reflux durable du billet vert redonnerait de la force au pari de dépréciation monétaire. Enfin, l’inflation sous-jacente. Si elle ralentit nettement, la Fed aurait moins de raisons de durcir sa politique.

Le rebond de l’or au-dessus de 4.000 dollars montre que la demande de protection n’a pas disparu. Mais la correction récente rappelle que l’or reste volatil, même dans un environnement favorable à long terme.

Le Dollar Debasement Trade ne semble donc pas mort. Il est surtout redevenu dépendant d’un arbitre puissant : la Réserve fédérale américaine. Pour les investisseurs européens, la question n’est pas seulement de savoir si le dollar s’affaiblira un jour, mais à quel prix et à quel horizon l’or permet de traverser cette attente.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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