Malgré une récente correction brutale des cours liée au conflit américano-iranien, une nouvelle note de recherche anticipe un doublement du prix de l’once d’ici cinq ans. En cause : une accumulation historique de métal jaune par les banques centrales des pays émergents qui cherchent à s’affranchir du dollar américain.

Huit mille dollars l’once. C’est la projection vertigineuse mise en lumière par une récente note de recherche de la Deutsche Bank, publiée ce 27 avril 2026. Alors que les marchés financiers mondiaux traversent une zone de fortes turbulences, les analystes estiment que le cours de l’or pourrait doubler d’ici 2031 sous l’impulsion d’un changement d’ère monétaire.

Une accumulation institutionnelle sans précédent

Selon ce rapport, co-écrit par les analystes Mallika Sachdeva et Michael Hsuah et relayé par des médias financiers tels que MarketScreener et Yahoo Finance, cette trajectoire haussière serait le résultat d’une tendance macroéconomique lourde. Les banques centrales des marchés émergents achètent massivement de l’or physique.

La Chine, la Russie, l’Inde et la Turquie, désormais rejointes par l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, viseraient potentiellement une allocation de 40 % d’or dans leurs réserves de change, contre 16 % à 30 % actuellement. D’après un récent sondage du World Gold Council, 76 % des banques centrales prévoient d’ailleurs d’augmenter leurs réserves de métal jaune dans les cinq prochaines années. Cette demande institutionnelle structurelle constituerait un soutien massif et à long terme pour la valeur de l’or.

Le choc de 2022 : catalyseur de la méfiance envers le dollar

Pour comprendre cet appétit vorace pour les lingots, il faut remonter à la fin du mois de février 2022. En réponse à l’invasion de l’Ukraine, les États-Unis et leurs alliés européens ont procédé au gel des réserves de change russes libellées en dollars et en euros.

Comme l’analyse la plateforme spécialisée GoldCore, cet événement historique a démontré aux pays du Sud la vulnérabilité des monnaies fiduciaires face aux sanctions politiques occidentales. La suprématie du système bancaire en dollars a été perçue comme une arme économique. En conséquence, les pays non-alignés cherchent aujourd’hui à acquérir un actif neutre, sans risque de contrepartie et rapatriable sur leur sol : l’or physique. La part du billet vert dans les réserves mondiales est ainsi tombée d’environ 60 % dans les années 2000 à près de 40 % aujourd’hui.

Le paradoxe du court terme : la baisse de l’or en temps de guerre

Pourtant, cette perspective à long terme contraste fortement avec le comportement immédiat du marché. Sur les mois de mars et avril 2026, le cours de l’or a enregistré une baisse significative de près de 12 %, effaçant une grande partie de ses gains records de janvier pour retomber autour de 4 500 à 4 600 dollars l’once.

Paradoxalement, malgré l’escalade des tensions liées à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, le métal précieux a perdu de son attrait de valeur refuge à court terme. Selon les données croisées de The Economic Times et investingLive, cette chute s’explique par un besoin urgent de liquidités. La forte hausse des prix du pétrole a poussé les investisseurs financiers et les fonds d’investissement à liquider massivement leurs positions sur l’or pour obtenir du cash. De plus, la politique monétaire stricte de la Réserve Fédérale des États-Unis (Fed) maintient un dollar fort, ce qui rend l’or — coté en dollars — mécaniquement plus cher et moins attractif pour les acheteurs internationaux.

Décryptage : Comprendre les termes techniques du marché

Pour appréhender ces mouvements complexes, deux concepts clés méritent d’être explicités pour les investisseurs :

  • La dédollarisation : Il s’agit du processus par lequel des pays réduisent l’utilisation du dollar américain dans leurs échanges commerciaux et leurs réserves bancaires. L’objectif est de limiter leur dépendance économique vis-à-vis des États-Unis et de se prémunir contre d’éventuelles sanctions financières. L’or physique devient alors la monnaie d’ancrage de remplacement.
  • L’appel de marge (besoin de liquidités) : Lorsqu’un investisseur emprunte pour investir et que le marché se retourne contre lui (comme lors d’un choc pétrolier), son courtier exige qu’il dépose des liquidités (cash) supplémentaires pour couvrir ses pertes potentielles. Pour trouver ce cash rapidement, l’investisseur est souvent contraint de vendre ses actifs les plus rentables ou liquides, comme l’or, provoquant ainsi une baisse de son cours malgré un contexte de crise.

La dichotomie actuelle du marché des métaux précieux est donc frappante. Si le contexte géopolitique immédiat au Moyen-Orient provoque des secousses liquidatives, la recomposition silencieuse des réserves mondiales dessine un tout autre avenir. La question n’est plus seulement de savoir comment l’or réagira à la prochaine crise, mais quelle place il occupera dans le nouveau système financier multipolaire qui se bâtit actuellement sous nos yeux.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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