4 800 dollars l’once au quatrième trimestre 2026 : c’est désormais la prévision de Deutsche Bank pour l’or. La banque allemande a abaissé son scénario sur le métal jaune, ce 23 juin 2026, en citant le maintien de taux d’intérêt élevés par la Réserve fédérale américaine, la Fed, et la vigueur persistante de l’économie des États-Unis.
L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence internationale pour l’or. Elle équivaut à environ 31,1 grammes. Pour un épargnant belge ou européen, ce prix est exprimé en dollars : l’évolution du taux de change euro-dollar peut donc amplifier ou réduire le mouvement réel en euros.
Deutsche Bank réduit son scénario sur l’or
Michael Hsueh, analyste chez Deutsche Bank, anticipe désormais un prix de l’or à 4 800 dollars l’once au quatrième trimestre 2026. La révision s’explique par un ton plus restrictif de la Fed, la banque centrale des États-Unis, dont les décisions influencent fortement les marchés mondiaux.
La Fed agit principalement par ses taux directeurs, c’est-à-dire les taux auxquels elle influence le coût de l’argent dans l’économie américaine. Quand ces taux restent élevés, les placements rémunérés, comme les obligations d’État américaines, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Cela peut réduire son attrait à court terme pour les investisseurs financiers.
Dans un scénario plus dur, avec trois à quatre hausses de taux supplémentaires, Deutsche Bank estime que l’or pourrait reculer jusqu’à 3 800 dollars l’once. Cette hypothèse reste conditionnée à une poursuite du resserrement monétaire.
La Fed pèse sur le métal jaune
Le signal est venu du Comité fédéral de l’open market, ou FOMC. Il s’agit de l’organe de la Fed chargé de décider la politique monétaire américaine. Lors de sa première réunion sous la présidence de Kevin Warsh, le FOMC n’a pas affiché de résistance claire aux anticipations de marché portant sur de nouvelles hausses de taux.
La conférence de presse a également laissé entendre qu’un durcissement supplémentaire restait possible. Deutsche Bank mentionne notamment la règle de Taylor, un modèle économique qui compare le niveau théorique des taux d’intérêt à l’inflation et à l’activité économique. Selon cette approche, les taux pourraient se situer environ 80 points de base au-dessus des niveaux actuels. Un point de base correspond à 0,01 point de pourcentage.
Pour l’or, le message est simple : plus les taux réels restent élevés, plus la pression augmente sur les prix. Les taux réels correspondent aux taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Ils sont particulièrement suivis sur le marché de l’or.
La demande d’investissement faiblit
Deutsche Bank souligne aussi l’absence de soutien traditionnel de la demande d’investissement. Les ventes d’ETF adossés à l’or se poursuivent depuis le rapport sur l’emploi américain de mai. Un ETF or est un fonds coté en Bourse qui permet de s’exposer au prix de l’or sans détenir physiquement des lingots ou des pièces.
Autre signal négatif : l’intérêt ouvert sur les contrats à terme sur l’or est au plus bas depuis 17 ans. Les contrats à terme sont des engagements d’achat ou de vente à une date future, utilisés par les investisseurs pour se couvrir ou spéculer. L’intérêt ouvert mesure le nombre de contrats encore actifs. Un niveau faible indique une moindre participation du marché.
Le positionnement net long, c’est-à-dire la différence entre les paris à la hausse et les paris à la baisse, reste aussi proche de ses points bas de l’année. Cela traduit une prudence des investisseurs sur la poursuite de la hausse du métal jaune.
Chine, Inde et banques centrales : des soutiens insuffisants
En Chine, la prime sur l’or s’est transformée en décote. Une prime signifie que l’or se paie plus cher localement que sur le marché international, souvent en raison d’une forte demande. Une décote indique l’inverse : la demande locale ne suffit plus à soutenir les importations.
En Inde, autre marché majeur pour l’or physique, la hausse de la TVA à l’importation devrait freiner la demande locale. Cette évolution est importante, car la demande asiatique joue souvent un rôle d’amortisseur lorsque les investisseurs financiers occidentaux vendent.
Les banques centrales restent le principal soutien. Deutsche Bank estime que les banques centrales des marchés émergents devraient continuer à accroître leurs réserves d’or pour se rapprocher des niveaux observés dans les économies développées. Mais la banque souligne que la demande officielle n’a pas accéléré au premier trimestre 2026. Elle ne suffirait donc pas, à elle seule, à compenser le ralentissement de la demande d’investissement.
Un contexte mondial tendu sur les taux
La révision de Deutsche Bank intervient aussi dans un environnement marqué par la remontée des taux longs. Les taux longs sont les taux d’intérêt appliqués aux emprunts de longue durée, notamment les obligations d’État à dix ans. Aux États-Unis, le taux à 10 ans a récemment atteint 4,66 %, après avoir franchi le seuil de 4,5 %.
Cette tension reflète à la fois les anticipations de politique monétaire restrictive et des inquiétudes géopolitiques, notamment autour de la crise iranienne et du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour l’énergie mondiale. Un choc énergétique peut raviver l’inflation et pousser les banques centrales à maintenir des taux élevés plus longtemps.
Pour les détenteurs d’or en Belgique et en Europe, l’enjeu reste donc double : suivre le prix international en dollars, mais aussi l’évolution de l’euro face au billet vert. Dans ce contexte, l’or conserve son rôle d’actif de diversification, mais son parcours dépendra fortement du calendrier de la Fed.


