Après un pic proche de 5 600 dollars en janvier, l’or revient autour de 4 200 dollars début juillet 2026. La baisse est nette, mais elle ne traduit pas un effondrement du marché. Elle reflète surtout un arbitrage de court terme : les investisseurs recherchent le dollar américain face aux tensions autour du détroit d’Ormuz, ce qui pèse mécaniquement sur le XAU/USD.

Le XAU/USD désigne le prix de l’or exprimé en dollars américains. XAU est le code international de l’or, comme EUR pour l’euro ou USD pour le dollar. Quand le dollar monte, l’or devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent l’euro, le franc suisse ou d’autres devises. Cette hausse du billet vert peut donc freiner la demande et faire reculer le prix de l’or en dollars.

L’or recule après un sommet historique

Début juillet 2026, le cours de l’or a brièvement dépassé 4 200 dollars l’once avant de redescendre. L’once troy, unité de référence sur le marché de l’or, correspond à 31,1035 grammes.

Cette correction s’inscrit dans un mouvement plus large. En janvier 2026, le métal jaune avait culminé autour de 5 598 dollars l’once. Il a ensuite corrigé jusqu’à environ 4 023 dollars, soit une baisse proche de 28 %. En juin, le prix s’est stabilisé autour de 4 320 dollars, dans un marché devenu plus hésitant.

La baisse actuelle intervient donc après une forte progression. Une partie des investisseurs a pris ses bénéfices. D’autres réduisent leur exposition à l’or lorsque le dollar se renforce ou lorsque les anticipations de taux d’intérêt évoluent.

Ormuz renforce le dollar, mais entretient aussi la demande refuge

Le détroit d’Ormuz est au centre des inquiétudes. Ce passage maritime est stratégique pour les flux énergétiques mondiaux. Les tensions entre l’Iran et Washington, ainsi que la revendication iranienne d’un contrôle accru dans la zone, ont ravivé les achats défensifs de dollars.

Ce mécanisme peut sembler paradoxal. L’or est une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché en période d’incertitude politique, financière ou militaire. Mais le dollar joue lui aussi ce rôle. À court terme, les investisseurs ont privilégié la devise américaine, ce qui a pesé sur l’or coté en dollars.

Le risque géopolitique ne disparaît pas pour autant du marché de l’or. Si les tensions au Moyen-Orient s’aggravaient, la demande d’or physique et financier pourrait rester soutenue. Le recul actuel tient donc davantage à un rapport de force temporaire entre dollar et métal jaune qu’à une perte d’intérêt durable pour l’or.

La Fed limite la pression baissière

La Réserve fédérale américaine, la Fed, reste un autre facteur clé. Les chiffres récents de l’emploi aux États-Unis montrent un marché du travail moins dynamique. Cela réduit les anticipations d’une hausse agressive des taux d’intérêt.

Les taux d’intérêt sont importants pour l’or. Le métal ne verse ni coupon ni dividende. Lorsque les taux montent fortement, les obligations et les placements monétaires deviennent plus attractifs. À l’inverse, lorsque les hausses de taux paraissent moins probables, l’or souffre moins de cette concurrence.

Cette situation limite la vigueur du dollar et apporte un soutien indirect au métal jaune. Elle ne suffit pas à relancer nettement le cours, mais elle freine la baisse.

Les banques centrales installent un plancher de marché

Le soutien le plus structurel vient des banques centrales. D’après une enquête du World Gold Council, 89 % des répondants prévoient une hausse des réserves d’or des banques centrales mondiales sur les douze prochains mois. Parmi eux, 45 % envisagent d’augmenter leurs propres réserves.

La Banque centrale européenne a signalé, à fin 2025, que l’or représentait 27 % des réserves officielles mondiales. Il dépasserait ainsi les bons du Trésor américains et l’euro dans la composition des réserves. Les réserves officielles sont les actifs détenus par les banques centrales pour sécuriser la valeur extérieure d’un pays et soutenir sa monnaie en cas de crise.

La Banque populaire de Chine a également poursuivi ses achats en mai 2026, avec environ 9,95 tonnes supplémentaires. Il s’agissait du 19e mois consécutif d’achats.

Cette accumulation répond à un objectif de diversification. Plusieurs banques centrales cherchent à réduire leur dépendance au dollar et à renforcer la sécurité de leurs réserves. Pour le marché, ces achats réguliers créent une demande profonde. Ils ne garantissent pas une hausse continue, mais ils limitent le risque d’une correction brutale.

Les seuils techniques à surveiller

À court terme, les traders surveillent plusieurs niveaux. Le premier support se situe entre 4 145 et 4 165 dollars l’once. Un support est une zone de prix où les acheteurs reviennent souvent sur le marché. Si ce seuil tient, une reprise vers les résistances reste possible.

Les résistances sont identifiées autour de 4 302 dollars, puis 4 415 et 4 527 dollars. Une résistance est une zone où les vendeurs ont tendance à reprendre la main. À l’inverse, une cassure sous 4 145 dollars pourrait ouvrir la voie vers 3 940 dollars.

Les analystes techniques observent aussi des indicateurs comme le RSI et le MACD. Le RSI mesure la vitesse et l’ampleur des mouvements de prix afin d’identifier un marché potentiellement suracheté ou survendu. Le MACD compare plusieurs moyennes de prix pour repérer un changement de tendance.

Ce que cela signifie pour les investisseurs en euros

Pour les investisseurs belges et européens, le cours en dollars ne suffit pas. Le prix réel dépend aussi du taux de change euro-dollar. Un dollar plus fort peut amortir une partie de la baisse de l’or lorsqu’il est converti en euros.

Avant un achat ou une vente, trois éléments méritent donc attention : le prix international de l’once, le taux EUR/USD et la prime appliquée aux pièces ou lingots. La prime correspond à l’écart entre le prix du métal contenu dans le produit et son prix de marché. Elle varie selon la demande, la rareté, l’état et la liquidité du produit.

La correction vers 4 200 dollars marque une phase de respiration après une hausse exceptionnelle. Le dollar et Ormuz dominent le court terme. Les banques centrales, elles, continuent de soutenir le marché en profondeur. La tendance reste donc fragile, mais pas rompue.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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