4 200 dollars l’once : ce seuil technique et psychologique a de nouveau attiré les acheteurs sur l’or début juillet 2026. Le matin du 6 juillet, le cours mondial du métal jaune a brièvement franchi ce niveau avant de revenir à proximité, autour de 4 150 à 4 200 dollars selon les cotations observées.
L’or repasse près d’un seuil clé
Le mouvement concerne le marché mondial de l’or, où le prix de référence est exprimé en dollars par once. Une once troy, unité utilisée pour les métaux précieux, correspond à environ 31,1 grammes.
La hausse intervient après la publication, le 2 juillet, de chiffres de l’emploi américain inférieurs aux attentes. Ces données ont pesé sur le dollar et ravivé l’intérêt pour l’or. Pour un acheteur européen ou belge, cette relation est importante : l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux, mais acheté le plus souvent en euros. Le taux de change euro-dollar peut donc amplifier ou réduire la variation finale en euros.
L’emploi américain affaiblit la position de la Fed
Le déclencheur principal vient des États-Unis. Le rapport sur l’emploi non agricole, appelé souvent Non-Farm Payrolls, mesure les créations d’emplois hors secteur agricole. Il s’agit d’un indicateur suivi de près par la Réserve fédérale américaine, la Fed, qui fixe les taux d’intérêt directeurs aux États-Unis.
Des créations d’emplois plus faibles que prévu réduisent la pression sur la Fed. En clair, une économie américaine moins dynamique rend moins urgente une nouvelle hausse agressive des taux.
Cette mécanique soutient l’or pour une raison simple : l’or ne verse ni intérêt ni dividende. Quand les taux montent, les placements rémunérés, comme les obligations, deviennent plus attractifs. À l’inverse, quand les marchés anticipent une Fed moins restrictive, le coût d’opportunité de la détention d’or diminue.
Le dollar reste l’arbitre du mouvement
Le rapport américain a aussi affaibli le dollar. Or, l’or entretient souvent une relation inverse avec la devise américaine. Quand le dollar baisse, l’or devient moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres monnaies, ce qui peut soutenir la demande.
Mais cette dynamique n’a pas été linéaire. Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont aussi renforcé la demande pour le dollar comme valeur refuge. Ce détroit, passage maritime stratégique pour le pétrole, reste surveillé en raison des tensions entre l’Iran et les États-Unis. Cette demande de dollar a limité la progression de l’or et contribué au repli du cours après le passage au-dessus de 4 200 dollars.
Le marché a donc réagi à deux forces opposées : d’un côté, des anticipations de taux moins élevés favorables à l’or ; de l’autre, un dollar soutenu par le risque géopolitique, moins favorable au métal jaune.
Les banques centrales soutiennent le fond de marché
La tendance de fond reste également soutenue par les banques centrales. Une banque centrale gère notamment les réserves monétaires d’un pays. L’or y joue un rôle de diversification, car il ne dépend pas directement de la solvabilité d’un État ou d’une devise.
Selon le World Gold Council, les banques centrales ont acheté 1 136 tonnes d’or en 2022, un record historique. En 2026, cette dynamique se poursuit. L’enquête annuelle de l’organisation indique que 89 % des banques centrales interrogées anticipent une hausse des réserves mondiales d’or sur l’année à venir. La Chine a notamment ajouté 320 000 onces à ses réserves en mai 2026.
Ces achats ne garantissent pas une hausse permanente du cours. Ils créent toutefois un socle de demande qui peut limiter les corrections profondes, surtout dans un environnement marqué par l’inflation, les tensions géopolitiques et la diversification hors dollar.
Ce que doivent surveiller les investisseurs européens
Pour les particuliers belges et francophones, le franchissement de 4 200 dollars ne constitue pas à lui seul un signal d’achat ou de vente. Trois éléments méritent une attention particulière.
D’abord, le cours en euros. Une hausse de l’or en dollars peut être atténuée si l’euro se renforce face au dollar. À l’inverse, un dollar fort peut rendre l’or plus cher en euros.
Ensuite, la prime des pièces et lingots. La prime correspond à l’écart entre le prix d’un produit physique et la valeur de l’or fin qu’il contient. Elle varie selon la demande, la disponibilité, l’état des pièces et les marges de marché.
Enfin, le calendrier de la Fed. Si les prochains chiffres américains confirment un ralentissement de l’emploi ou de l’inflation, les anticipations de taux pourraient encore évoluer en faveur de l’or. Si l’économie américaine surprend à la hausse, le dollar et les rendements obligataires pourraient reprendre de la vigueur.
Le retour de l’or près de 4 200 dollars traduit donc moins une simple poussée spéculative qu’un ajustement des attentes sur les taux américains. La suite dépendra désormais du trio habituel : emploi, dollar et banques centrales.


