4 030 dollars l’once : le cours de l’or revient près d’un seuil psychologique majeur, celui des 4 000 dollars. Le recul intervient alors que l’inflation américaine a pourtant ralenti en juin. Mais la hausse du pétrole, liée aux tensions entre les États-Unis et l’Iran, change la lecture du marché.

L’or recule malgré un signal favorable sur l’inflation

Le 16 juillet 2026, le prix de l’or évolue autour de 4 030 dollars l’once sur le marché international. L’once troy, unité de référence pour les métaux précieux, correspond à 31,103 grammes d’or.

Ce repli peut sembler contre-intuitif. En juin, l’indice américain des prix à la consommation a baissé de 0,4 % sur un mois, sa plus forte diminution depuis avril 2020. L’indice des prix à la production a aussi reculé de 0,3 %. Ces deux indicateurs mesurent respectivement les prix payés par les consommateurs et ceux reçus par les producteurs.

En temps normal, une inflation plus faible peut soutenir l’or. Elle réduit la probabilité d’une hausse des taux d’intérêt. Or l’or ne verse ni coupon ni dividende : il devient moins pénalisé lorsque les rendements obligataires baissent ou cessent de progresser.

Mais le marché regarde désormais ailleurs : vers le pétrole.

Le pétrole relance les craintes d’inflation

Début juillet 2026, les prix du pétrole ont progressé d’environ 11 % en une semaine. Cette hausse est liée aux frappes américaines contre des infrastructures iraniennes et aux attaques en représailles visant des installations liées aux États-Unis.

Le risque porte aussi sur les routes énergétiques stratégiques, notamment le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb. Ces passages sont essentiels au transport mondial d’hydrocarbures. Lorsque leur sécurité paraît menacée, les marchés ajoutent une prime de risque au prix du pétrole. Cette prime correspond au surcoût payé par les acheteurs pour intégrer un danger géopolitique ou logistique.

La conséquence est directe : un pétrole plus cher peut alimenter les prix du transport, de l’industrie et de nombreux biens de consommation. Même si l’inflation américaine a ralenti en juin, les investisseurs craignent un nouveau choc énergétique.

La Fed reste le facteur décisif pour l’or

La Réserve fédérale américaine, ou Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie.

En juillet 2026, l’inflation reste au-dessus de l’objectif de 2 % de la Fed. Si le choc pétrolier se prolonge, la banque centrale n’exclut pas un nouveau relèvement des taux.

Cette perspective pèse sur l’or pour deux raisons. D’abord, des taux plus élevés rendent les obligations plus attractives, car elles offrent un rendement. Ensuite, ils peuvent soutenir le dollar. Comme l’or est coté en dollars sur le marché international, un billet vert plus fort peut rendre l’achat d’or plus coûteux pour les investisseurs en euros, y compris en Belgique.

Le métal jaune reste une valeur refuge, mais il souffre lorsque les marchés anticipent des taux américains plus élevés. Une valeur refuge est un actif recherché en période d’incertitude pour préserver le capital. L’or joue souvent ce rôle, mais il n’est pas immunisé contre la politique monétaire.

Le seuil des 4 000 dollars devient critique

Le marché surveille désormais la barre des 4 000 dollars l’once. Ce niveau est un seuil psychologique, mais aussi un repère technique.

En analyse technique, un support désigne une zone où les acheteurs peuvent revenir et ralentir la baisse. Une résistance désigne au contraire une zone où les vendeurs peuvent bloquer une reprise.

Le cours de l’or évolue actuellement dans un canal descendant. Une rupture durable sous 4 000 dollars pourrait ouvrir la voie à des supports plus bas, autour de 3 943 dollars puis 3 676 dollars l’once. À l’inverse, un retour au-dessus de 4 094 dollars constituerait un premier soulagement.

Les investisseurs suivent aussi des indicateurs comme le RSI et les moyennes mobiles. Le RSI, ou indice de force relative, mesure la vitesse d’un mouvement de marché afin d’identifier des situations de surachat ou de survente. Une moyenne mobile lisse les prix sur une période donnée pour mieux lire la tendance. Un redressement plus solide nécessiterait un franchissement de repères de long terme.

Une correction après une hausse historique

La baisse actuelle s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis janvier 2024, l’or a progressé de plus de 110 %, jusqu’à un record de 5 598 dollars l’once. En 2026, une correction l’a ramené près de 4 023 dollars, soit une baisse de plus de 28 % par rapport au sommet.

Cette correction s’explique en partie par des prises de bénéfices. Après une forte hausse, certains investisseurs vendent une partie de leurs positions pour sécuriser leurs gains. Ce comportement peut accentuer la volatilité, c’est-à-dire l’ampleur des variations de prix.

Le marché reste toutefois traversé par des forces contradictoires. Les achats des banques centrales, notamment dans les pays émergents, soutiennent toujours la demande. La dédollarisation, c’est-à-dire la volonté de certains États de réduire leur dépendance au dollar dans leurs réserves, favorise aussi l’or.

Mais les taux élevés, le risque d’inflation énergétique et les prises de bénéfices freinent la progression du métal jaune.

Ce que doivent surveiller les investisseurs

Pour les épargnants belges et francophones, trois signaux méritent une attention particulière.

D’abord, l’évolution du pétrole. Une hausse prolongée renforcerait les craintes d’inflation et pourrait maintenir la pression sur l’or.

Ensuite, les décisions et déclarations de la Fed. Un ton plus strict sur les taux pèserait sur le métal jaune. Un discours plus accommodant pourrait au contraire soutenir les cours.

Enfin, le seuil des 4 000 dollars. Une cassure nette modifierait la perception du marché à court terme. Une stabilisation au-dessus de ce niveau indiquerait que les acheteurs restent présents.

Le cours de l’or reste donc pris entre son rôle de protection face aux tensions géopolitiques et la pression exercée par les taux américains. À 4 030 dollars l’once, l’équilibre devient fragile.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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