Près de 4 % de hausse en une séance : le cours de l’argent a surpris les marchés en s’approchant de 70,80 dollars l’once, alors même que le pétrole reculait nettement. Ce mouvement intervient après l’accord signé le 14 juin 2026 entre Washington et Téhéran, qui met fin à plusieurs semaines de tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz.

L’accord USA-Iran détend le marché de l’énergie

Les États-Unis et l’Iran ont conclu un accord diplomatique mettant fin aux hostilités qui opposaient notamment Téhéran à Washington et à Israël. La mesure la plus immédiate concerne la levée du blocus naval américain et la réouverture du détroit d’Ormuz.

Ce passage maritime est stratégique. Il relie le golfe Persique à la mer d’Arabie et voit transiter près d’un cinquième des approvisionnements énergétiques mondiaux. Sa fermeture avait renforcé les craintes d’un choc pétrolier, c’est-à-dire d’une forte hausse du prix du pétrole susceptible de nourrir l’inflation.

La réaction a été rapide sur les marchés pétroliers. Le WTI, le baril américain de référence, a chuté de près de 5 % pour revenir autour de 78,85 dollars. Le WTI, ou West Texas Intermediate, sert de prix de référence pour une partie importante du pétrole échangé aux États-Unis.

L’argent bondit malgré la baisse du pétrole

Le mouvement le plus notable vient du marché des métaux précieux. Le cours de l’argent a progressé d’environ 4 % le 15 juin, jusqu’à approcher 70,80 dollars l’once.

L’once est l’unité de mesure utilisée sur les marchés internationaux des métaux précieux. Une once troy, l’unité de référence pour l’or et l’argent, équivaut à environ 31,1 grammes.

Cette hausse peut surprendre. En temps normal, la fin d’une crise géopolitique réduit souvent la demande pour les actifs refuges. Un actif refuge est un placement recherché lorsque les investisseurs veulent protéger leur capital face à l’incertitude. L’or joue traditionnellement ce rôle. L’argent aussi, même s’il possède une double nature : métal précieux et métal industriel.

Le rebond de l’argent montre donc que les investisseurs ne regardent pas seulement le risque géopolitique. Ils anticipent aussi l’évolution des taux d’intérêt américains.

Les taux de la Fed restent au centre du marché

La Réserve fédérale américaine, souvent appelée Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit pour les banques, les entreprises et les ménages.

Lorsque les taux montent, les métaux précieux peuvent devenir moins attractifs. La raison est simple : l’or et l’argent ne versent pas d’intérêt. À l’inverse, lorsque les marchés anticipent des taux plus bas, ces métaux retrouvent souvent de l’attrait.

La baisse du pétrole réduit les craintes inflationnistes liées à l’énergie. L’inflation désigne la hausse générale des prix. Si l’énergie baisse, la pression sur les prix peut s’alléger. Les investisseurs espèrent donc une posture plus souple de la Fed lors de sa prochaine décision de politique monétaire.

Cette hypothèse reste toutefois fragile. L’inflation américaine demeure supérieure à l’objectif de 2 %, et l’économie des États-Unis montre encore une certaine résistance. Cette combinaison entretient la volatilité, c’est-à-dire des variations rapides et parfois fortes des prix de marché.

Un signal à surveiller pour les investisseurs européens

Pour un investisseur belge ou francophone, ce mouvement rappelle une règle importante : le cours de l’argent dépend de plusieurs moteurs à la fois. Il ne réagit pas uniquement aux tensions internationales. Il évolue aussi avec le dollar, les taux d’intérêt, l’inflation et la demande industrielle.

L’argent est utilisé dans l’électronique, les panneaux solaires, les batteries et plusieurs technologies liées à la transition énergétique. Cette dimension industrielle peut soutenir son prix lorsque les marchés anticipent une activité économique solide.

À court terme, l’accord entre Washington et Téhéran apaise les craintes sur l’énergie. Mais il déplace l’attention vers la Fed. Si les investisseurs jugent qu’une baisse des taux devient plus probable, l’argent pourrait conserver un soutien. Si la banque centrale américaine reste ferme, le marché pourrait corriger une partie de son rebond.

La séance du 15 juin montre ainsi un paradoxe apparent : moins de tension sur le pétrole, mais plus d’appétit pour l’argent. Pour les détenteurs de métaux précieux, le message est clair : la géopolitique ouvre parfois le mouvement, mais les taux d’intérêt en fixent souvent la durée.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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