62 dollars l’once : le marché de l’argent aborde la fin juin sous pression. Le métal gris a effacé son rebond récent et revient tout près d’une zone technique jugée décisive par les opérateurs, autour de 61 dollars.

Le mouvement se joue d’abord aux États-Unis. Les rendements obligataires américains remontent, avec un taux à 10 ans proche de 4,5 % et un taux à 2 ans autour de 4,23 %. Un rendement obligataire correspond au revenu annuel attendu par un investisseur qui détient une obligation. Quand ces rendements montent, les métaux précieux deviennent moins compétitifs, car l’argent ne verse ni intérêt ni dividende.

Le cours XAG/USD, c’est-à-dire le prix d’une once troy d’argent exprimé en dollars, évolue désormais près de 62 dollars. Une once troy, unité de référence des métaux précieux, pèse environ 31,1 grammes.

La Fed remet les taux au centre du marché

La pression vient de la Réserve fédérale américaine, la Fed, c’est-à-dire la banque centrale des États-Unis. Son rôle consiste notamment à fixer le niveau des taux directeurs, qui influencent le coût du crédit dans l’économie.

Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, a laissé ouverte le 18 juin la possibilité d’un nouveau resserrement monétaire dès septembre 2026. Un resserrement monétaire signifie une politique plus stricte : hausse des taux, maintien de taux élevés ou réduction du soutien à l’économie. L’objectif est de contenir l’inflation, c’est-à-dire la hausse générale des prix.

Les marchés ont donc réévalué le risque d’une Fed plus dure que prévu. Des statistiques économiques américaines solides renforcent cette lecture. Une économie robuste permet à la banque centrale de maintenir des taux élevés plus longtemps, sans craindre immédiatement une forte dégradation de l’activité.

Pour l’argent, le mécanisme est direct. Lorsque les taux américains montent, les obligations deviennent plus attractives. Les actifs sans rendement, comme l’or et l’argent, subissent alors une pression vendeuse.

Le seuil des 61 dollars concentre l’attention

Le niveau de 61 dollars est désormais le point clé. En analyse technique, un support désigne une zone de prix où les acheteurs se sont déjà manifestés par le passé. Ce seuil a freiné les baisses en mars, puis au début du mois de juin.

Une rupture sous 61 dollars exposerait le marché à une phase plus nerveuse. Les prochains niveaux surveillés se situeraient alors vers 60 dollars, puis 59 dollars. Ce type de cassure peut accentuer la volatilité, c’est-à-dire l’ampleur des variations de prix à court terme.

Les indicateurs techniques restent fragiles. Le RSI, ou indice de force relative, mesure la vitesse et l’intensité d’un mouvement de marché. La MACD, autre indicateur suivi par les traders, compare plusieurs moyennes de prix pour repérer un changement de tendance. Ces outils signalent actuellement une domination vendeuse à court terme et un manque d’acheteurs convaincus.

Pourquoi les acheteurs sont pénalisés maintenant

Le moment est défavorable pour les acheteurs entrés récemment sur l’argent. Le rebond précédent était fragile. Il n’a pas résisté à la remontée des rendements américains ni au ton ferme de Kevin Warsh.

Le marché espérait une détente monétaire plus rapide. Or la Fed ne semble pas prête à baisser ses taux. Malgré les pressions politiques aux États-Unis, notamment celles de Donald Trump en faveur d’un assouplissement, Kevin Warsh maintient une ligne stricte afin de préserver la crédibilité de l’institution face à une inflation encore supérieure à l’objectif de 2 %.

Le président de la Fed serait aussi confronté à un dilemme classique de banque centrale : relever ou maintenir des taux élevés pour combattre l’inflation, au risque de freiner l’économie, ou assouplir trop tôt, au risque de relancer les tensions sur les prix. Il devrait chercher un consensus interne avant toute décision majeure.

Ce que cela change pour les investisseurs belges

Pour un épargnant belge ou francophone, le prix affiché en dollars ne suffit pas. L’argent physique acheté en Europe dépend aussi du taux de change euro-dollar, des primes commerciales et des frais liés aux pièces ou lingots.

La prime correspond à l’écart entre le prix du métal contenu dans une pièce ou un lingot et son prix réel d’achat. Elle intègre la fabrication, la distribution, la marge du vendeur et parfois la rareté du produit. Quand le marché devient nerveux, cette prime peut évoluer indépendamment du cours international.

La zone des 61 dollars ne constitue donc pas un signal automatique d’achat ou de vente. Elle sert plutôt de repère. Si le support tient, un rebond technique resterait possible. Si le niveau cède, la baisse pourrait s’accélérer vers 60 dollars, surtout si les taux américains continuent de grimper.

La fin juin place donc l’argent dans une configuration délicate : le métal reste proche d’un seuil majeur, tandis que la Fed maintient la pression sur tous les actifs sans rendement. Pour les acheteurs, la décision dépendra moins d’un seul prix que de la capacité du marché à défendre durablement la zone des 61 dollars.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

Prix de l’Or aide tous ceux et celles qui s’intéressent à l’économie et à la préservation de leur capital à décrypter l’actualité mondiale et son impact sur la valeur de l’or grâce à une analyse factuelle et pédagogique. Prix de l’or – Une information en Or

INFORMER VOUS

Exit mobile version