836 tonnes d’argent métal importées en mars 2026 : la Chine a acheté près de trois fois sa moyenne saisonnière des dix dernières années. Ce chiffre résume l’ampleur du mouvement engagé par Pékin depuis le début de l’année. Il concerne à la fois l’or, actif de réserve des banques centrales, et l’argent métal, utilisé dans l’industrie, notamment solaire.
Pékin accumule l’or pour sécuriser ses réserves
La Banque centrale chinoise poursuit ses achats d’or depuis près de 19 mois consécutifs, jusqu’en mai 2026. Ses avoirs approchent désormais 75 millions d’onces. Une once troy, l’unité de référence internationale pour l’or, correspond à environ 31,1 grammes.
Cette stratégie répond à un objectif clair : réduire la dépendance au dollar américain. Les réserves de change sont les actifs détenus par une banque centrale pour soutenir sa monnaie et faire face aux crises financières. Elles peuvent être composées de devises, d’obligations d’État ou d’or.
Pour la Chine, l’or présente un avantage : il n’est la dette de personne. Contrairement à une obligation du Trésor américain, qui est une dette émise par les États-Unis, un lingot détenu en réserve ne dépend pas directement d’un émetteur étranger. Cette caractéristique explique son rôle de valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les risques économiques ou géopolitiques augmentent.
La dédollarisation guide la stratégie chinoise
La logique chinoise s’inscrit dans une politique plus large de dédollarisation. Ce terme désigne la volonté de réduire l’usage du dollar dans les échanges internationaux, les réserves officielles et les contrats financiers.
Lors du forum financier de Shanghai, en juin 2026, les autorités chinoises ont annoncé de nouveaux outils destinés à faciliter les échanges internationaux en yuan. L’objectif est double : renforcer le rôle international de la monnaie chinoise et limiter l’exposition aux actifs libellés en dollars.
L’or sert ici de socle de crédibilité. Plus une banque centrale détient d’or, plus elle peut montrer que ses réserves ne reposent pas uniquement sur des devises étrangères. Cette dimension est devenue plus importante depuis la montée des tensions géopolitiques et l’usage des sanctions financières internationales.
L’argent métal répond aussi aux besoins de l’industrie solaire
Les achats chinois ne concernent pas seulement l’or. En mars 2026, la Chine a importé environ 836 tonnes d’argent métal. L’argent métal est le métal précieux utilisé en bijouterie, en investissement et dans de nombreuses applications industrielles. Il ne doit pas être confondu avec l’argent au sens de monnaie.
La demande vient en grande partie du secteur photovoltaïque. Les panneaux solaires utilisent de l’argent pour ses qualités de conducteur électrique. La Chine, premier acteur mondial de cette industrie, a donc besoin d’un approvisionnement régulier et abondant.
La demande des particuliers joue aussi un rôle. L’argent est souvent perçu comme plus accessible que l’or, car son prix par once est nettement inférieur. Pour certains épargnants, il constitue une porte d’entrée vers les métaux précieux physiques.
Cette pression sur la demande pourrait accentuer les tensions sur les stocks physiques. Le marché mondial de l’argent risque un sixième déficit annuel consécutif en 2026, c’est-à-dire une situation où la demande dépasse l’offre disponible sur l’année.
Hong Kong renforce son rôle de hub aurifère
La hausse des flux passe aussi par Hong Kong. En avril 2026, les importations chinoises d’or via Hong Kong ont bondi de 81,2 % par rapport à mars, pour atteindre 86,7 tonnes.
Cette progression intervient malgré des prix de l’or proches de leurs records historiques. Elle montre que la demande reste soutenue, aussi bien pour l’investissement que pour le stockage et le négoce régional. Hong Kong consolide ainsi son rôle de hub aurifère asiatique, c’est-à-dire de plateforme d’échange, de transit et de conservation de l’or.
Le mouvement dépasse la Chine
La stratégie chinoise s’inscrit dans une tendance mondiale. D’après le World Gold Council, les banques centrales ont acheté plus de 1.000 tonnes d’or par an entre 2022 et 2025, environ deux fois plus que la moyenne de la décennie précédente.
Fin 2025, l’or représentait 27 % des réserves mondiales de change, contre 22 % pour les obligations du Trésor américain, d’après un rapport de la Banque centrale européenne. Ce basculement illustre la place croissante du métal jaune dans l’architecture financière mondiale.
Pour les marchés européens et belges, cette évolution est importante. Les achats des banques centrales créent un soutien structurel au marché de l’or. Cela ne signifie pas que le prix monte en ligne droite. Les cours restent sensibles aux taux d’intérêt américains, au dollar et aux prises de bénéfices.
Début juin 2026, après des chiffres de l’emploi américains meilleurs que prévu, les anticipations de hausse des taux de la Réserve fédérale ont pesé sur les métaux précieux : l’or a reculé de 3,9 % et l’argent de 4,0 % sur la semaine précédente. Des taux plus élevés rendent les placements rémunérés plus attractifs et peuvent réduire l’attrait de l’or, qui ne verse pas d’intérêt.
Ce que les investisseurs doivent retenir
La Chine achète autant d’or et d’argent pour trois raisons principales : protéger ses réserves, réduire sa dépendance au dollar et sécuriser ses besoins industriels. L’or répond à une logique monétaire et géopolitique. L’argent répond à la fois à une logique industrielle, notamment solaire, et à une demande d’investissement.
Les prévisions de prix pour 2026 restent prudentes. Certaines estimations de marché situent l’or autour de 4.150 à 4.360 dollars l’once en fin d’année. Ces projections pourraient toutefois être modifiées par les décisions de la Réserve fédérale, les tensions géopolitiques ou les nouveaux achats des banques centrales.
Le signal principal reste donc stratégique : Pékin ne semble pas acheter des métaux précieux pour un gain rapide, mais pour préparer un système financier moins dépendant du dollar. Pour les épargnants, cette tendance confirme le rôle de l’or comme actif de diversification, sans supprimer les risques de volatilité à court terme.



