Plus de 20 % de repli en quelques mois : l’or traverse une phase de stress que Bank of America comparerait aux grands retournements de 1980 et 2011. Dans une analyse relayée par Investing.com, la banque américaine avertirait que le prix de l’or pourrait encore reculer si l’inflation américaine restait élevée et si la Réserve fédérale américaine, la Fed, maintenait une politique monétaire restrictive.
La Fed est la banque centrale des États-Unis. Sa politique influence directement l’or, car le métal jaune est coté principalement en dollars. Quand les taux d’intérêt américains montent, les placements rémunérés, comme les obligations, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni coupon ni dividende. Ce manque de rendement pèse souvent sur son cours.
Bank of America regarderait vers 1980 et 2011
L’avertissement de Bank of America porterait sur un risque de correction prolongée. Une correction désigne une baisse marquée après une forte hausse, souvent alimentée par des ventes d’investisseurs qui sécurisent leurs gains. Cette stratégie s’appelle une prise de bénéfices.
La comparaison avec 1980 et 2011 n’est pas anodine. Ces deux périodes ont suivi des envolées spectaculaires du prix de l’or, puis des retournements violents. En 1980, l’or avait atteint un sommet dans un contexte d’inflation et de tensions géopolitiques, avant de subir le choc de taux d’intérêt très élevés. En 2011, la crise des dettes souveraines et les politiques monétaires très accommodantes avaient porté l’or à des niveaux record, avant un long reflux.
Le scénario évoqué aujourd’hui serait similaire dans sa mécanique : inflation tenace, Fed sous pression, taux élevés et dollar ferme. Une politique monétaire restrictive signifie que la banque centrale garde des taux élevés, ou les augmente, afin de freiner la hausse des prix.
Le dollar fort pénalise le métal jaune
Le recul récent de l’or s’explique d’abord par le marché des changes. Un dollar fort rend l’or plus cher pour les acheteurs qui utilisent l’euro, le franc suisse ou d’autres devises. Cette hausse du coût d’achat peut réduire la demande internationale.
Pour un investisseur belge, ce point est essentiel. Le prix de l’or est affiché en dollars par once troy. L’once troy est l’unité de référence des métaux précieux : elle équivaut à environ 31,10 grammes. Le prix réellement payé en Belgique dépend donc à la fois du cours international de l’or, du taux de change euro-dollar, mais aussi des primes appliquées aux pièces et lingots.
La pression vient aussi des taux américains. Tant que les rendements obligataires restent élevés, une partie des investisseurs préfère les actifs qui rapportent un intérêt. L’or conserve son rôle de valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché en période d’incertitude, mais cette qualité ne suffit pas toujours à soutenir son prix à court terme.
Deutsche Bank a déjà réduit ses prévisions
Le signal baissier ne vient pas seulement de Bank of America. Le 24 juin 2026, Deutsche Bank a abaissé ses prévisions de prix moyen pour l’or. La banque vise désormais 4 300 dollars l’once au troisième trimestre 2026 et 4 800 dollars au quatrième trimestre. Ces niveaux représentent des réductions de plus de 22 % et 17 % par rapport à ses estimations précédentes.
La raison avancée est claire : une Fed plus stricte que prévu et une économie américaine encore robuste. Une économie solide peut retarder les baisses de taux, car la banque centrale craint de relancer l’inflation trop tôt.
Austan Goolsbee, président de la Fed de Chicago, a aussi souligné publiquement le 23 juin que l’inflation américaine restait problématique. Il a indiqué que l’inflation était « bien supérieure à l’objectif de 2 % » et qu’elle allait dans la mauvaise direction. Cette déclaration renforce l’idée que la Fed pourrait rester prudente.
La baisse touche aussi l’argent
Le mouvement ne concerne pas uniquement l’or. L’argent a atteint son plus bas niveau depuis mi-décembre 2025. L’argent est à la fois un métal précieux et un métal industriel, utilisé notamment dans l’électronique et le photovoltaïque. Cette double nature le rend parfois plus volatil que l’or.
La pression sur l’ensemble des métaux précieux reflète le même arbitrage des marchés : dollar fort, taux élevés et prudence face aux décisions de la Fed.
Des soutiens de long terme subsistent
Le tableau n’est pas uniquement négatif. Plusieurs facteurs pourraient encore soutenir l’or à moyen et long terme. Les banques centrales, en particulier dans les pays émergents, continueraient de diversifier leurs réserves. La dédollarisation, c’est-à-dire la volonté de réduire la dépendance au dollar dans les réserves et les échanges internationaux, resterait aussi un facteur favorable.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et ailleurs devraient également maintenir une demande de précaution. Toutefois, le conflit américano-iranien de fin février 2026 n’a pas empêché une chute de plus de 22 % du cours de l’or depuis son déclenchement. Ce contraste rappelle qu’un contexte géopolitique tendu ne garantit pas automatiquement une hausse du métal jaune.
Un marché à surveiller sans précipitation
Après une hausse qui aurait dépassé 110 % depuis janvier 2024, l’or aurait atteint un sommet historique autour de 5 598 dollars l’once, avant de retomber vers 4 023 dollars. En juillet 2026, il évoluerait autour de 4 320 dollars l’once.
Le message de Bank of America tient donc en une prudence simple : après une envolée aussi rapide, l’or pourrait rester vulnérable si la Fed garde les taux élevés. Pour les épargnants francophones et belges, la question n’est pas seulement de prévoir le prochain mouvement, mais de préparer tout achat ou vente en tenant compte du dollar, des primes, de l’horizon de placement et du rôle de l’or dans la préservation du capital.



