Tandis que les États-Unis s’enlisent dans un « shutdown » prolongé et que les doutes sur l’intelligence artificielle secouent Wall Street, les investisseurs se ruent vers les actifs tangibles. L’argent et le cuivre atteignent des sommets, sur fond de réarmement massif en Europe.
61,61 dollars. C’est le nouveau sommet historique atteint par l’once d’argent ce mercredi 10 décembre 2025. Ce chiffre, bien au-delà des précédents records, illustre la fièvre qui s’empare actuellement des marchés des matières premières. Alors que les incertitudes économiques et géopolitiques s’accumulent de Bruxelles à Washington, les métaux précieux et industriels s’imposent comme les grands gagnants de cette fin d’année 2025.
La ruée vers les valeurs refuges
L’ascension fulgurante de l’argent métal ne s’opère pas en vase clos. Elle s’inscrit dans un mouvement de fond favorisant les actifs réels face à la fragilité des devises fiduciaires. Le dollar américain subit en effet une pression constante, affaibli par un « shutdown » du gouvernement fédéral qui entame son deuxième mois. Cette paralysie budgétaire outre-Atlantique pousse mécaniquement les investisseurs vers des alternatives tangibles.
L’or, baromètre traditionnel de la peur, n’est pas en reste. Le métal jaune continue sa progression vers le seuil psychologique des 4 000 dollars l’once. Ce niveau, impensable il y a encore quelques années, reflète la défiance croissante envers la dette souveraine américaine et les tensions internationales persistantes.
Note explicative : L’once troy
Sur les marchés internationaux, les métaux précieux sont cotés en « once troy » (symbolisée par oz). Une once troy correspond à exactement 31,103 grammes. Lorsque l’on parle d’un or à 4 000 dollars, il s’agit donc du prix pour cette quantité précise de métal pur.
Le cuivre et la transition énergétique au sommet
Si l’or et l’argent brillent par leur statut de valeur refuge, le cuivre explose grâce à la demande industrielle. Le métal rouge a enregistré une hausse spectaculaire de 30 % sur l’année 2025, atteignant récemment un record à 11 705 dollars la tonne.
Deux moteurs propulsent cette hausse :
- La transition énergétique : L’électrification massive des parcs automobiles et le développement des énergies renouvelables nécessitent des quantités colossales de câblage.
- Le secteur numérique : Les infrastructures soutenant l’économie digitale et les centres de données restent de gros consommateurs de cuivre.
Cependant, tout n’est pas rose dans la « Tech ». À Wall Street, les résultats et prévisions d’Oracle, publiés ce jeudi, ont ravivé les craintes d’une survalorisation des entreprises liées à l’intelligence artificielle. Cette nervosité boursière renforce, par effet de vases communicants, l’attrait pour les matières premières.
L’Europe muscle sa défense et sa gouvernance
Dans ce climat d’instabilité, l’Union européenne tente de renforcer sa souveraineté. La Commission européenne a fait le point ce jeudi sur le programme « Safe ». Doté d’une enveloppe conséquente de 150 milliards d’euros, ce plan vise à financer et structurer les projets de l’industrie de défense au sein de l’UE. Pour les investisseurs, cela signale que le secteur de la défense devient un pilier économique structurel du Vieux Continent pour les années à venir.
Parallèlement, la zone euro ajuste son pilotage politique. L’Eurogroupe procède actuellement à l’élection de son nouveau président. Ce scrutin se déroule dans une atmosphère tendue, dominée par des débats sensibles sur l’utilisation des avoirs russes gelés pour soutenir l’Ukraine. Une décision sur ce dossier pourrait créer un précédent juridique et financier majeur, surveillé de près par les banques centrales mondiales.
Des signaux d’alarme en Asie
L’inquiétude ne vient pas seulement de l’Ouest. En Asie, la Chine a vu ses exportations chuter de manière inattendue le mois dernier, signalant un ralentissement de la deuxième économie mondiale. Au Japon, la situation obligataire se tend : la Banque du Japon a signalé une possible hausse des taux, propulsant les rendements des obligations à 10 ans à leur plus haut niveau depuis 2007.
Cette convergence de facteurs — paralysie américaine, réarmement européen, doutes technologiques et tensions obligataires — crée un cocktail explosif favorable aux métaux. Pour l’épargnant belge ou européen, la question n’est plus seulement de chercher du rendement, mais de préserver son capital face à une volatilité qui s’installe dans la durée.



