Tandis que les États-Unis montrent des signes de faiblesse économique avec des créations d’emplois décevantes en ce début d’année 2026, l’argent métal confirme son statut d’actif stratégique en dépassant le seuil symbolique des 60 dollars l’once, dopé par une demande industrielle insatiable liée à l’IA et au solaire.
C’est une configuration de marché que les investisseurs en métaux précieux surveillaient depuis des mois et qui semble se matérialiser en cette première semaine de janvier 2026. D’un côté, une économie américaine qui s’essouffle, et de l’autre, une demande physique pour les métaux industriels qui explose.
Le métal gris a franchi un cap historique. Le prix spot de l’argent a dépassé les 60,46 dollars l’once, tandis que les contrats à terme ont atteint 61,06 dollars. Cette flambée n’est pas un hasard spéculatif, mais le résultat d’une tempête parfaite mêlant tensions sur l’offre et pivot monétaire attendu.
Un déficit structurel propulse l’once vers des sommets
La hausse spectaculaire des cours s’explique avant tout par une réalité physique : il n’y a plus assez d’argent pour satisfaire la demande mondiale. Le marché fait face à un déséquilibre profond. Selon les données du Silver Institute relayées fin 2025, un déficit de marché de 149 millions d’onces est prévu pour cette année, faisant suite à une demande industrielle record enregistrée en 2024.
Cette pénurie physique se traduit visiblement dans les stocks des grandes bourses mondiales. Les réserves du COMEX, le marché à terme américain, ont chuté de 70 % par rapport à leurs niveaux de 2020. Cette raréfaction de l’offre disponible crée une pression haussière mécanique sur les prix, exacerbée par la classification récente de l’argent comme « minéral critique » par l’USGS (United States Geological Survey). Cette décision administrative, finalisée fin 2025, reconnaît officiellement l’argent comme un actif stratégique pour la sécurité nationale américaine, modifiant durablement la perception du métal par les institutionnels.
L’intelligence artificielle et le solaire : les nouveaux moteurs de la demande
Si l’argent brille autant, c’est parce qu’il est indispensable à la transition énergétique et numérique. Deux secteurs en particulier drainent les stocks mondiaux.
D’abord, le solaire photovoltaïque. La capacité installée mondiale devait atteindre 694 GW en 2025, marquant une hausse de 16 % sur un an. Cette industrie a consommé à elle seule plus de 5 200 tonnes d’argent l’an dernier.
Ensuite, l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA) et des centres de données. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la demande mondiale d’électricité émanant des centres de données, de l’IA et des crypto-monnaies doublera d’ici 2026. Cette consommation énergétique massive nécessite des infrastructures électriques de pointe, où l’argent, meilleur conducteur électrique naturel, joue un rôle clé.
Parallèlement, le secteur des véhicules électriques continue de croître, avec une production estimée à 18 millions d’unités en 2025. Chaque véhicule moderne contient désormais entre 25 et 50 grammes d’argent, contre beaucoup moins pour les véhicules thermiques traditionnels.
Le saviez-vous ?
L’argent métal possède la conductivité électrique et thermique la plus élevée de tous les métaux. C’est pourquoi il est irremplaçable dans les panneaux solaires, les contacts électriques des véhicules et les puces électroniques haute performance. Contrairement à l’or qui est thésaurisé, une grande partie de l’argent industriel est consommée et difficilement recyclée, ce qui réduit l’offre disponible.
Ralentissement économique aux États-Unis : un catalyseur monétaire
Outre les fondamentaux industriels, le contexte macroéconomique américain offre un puissant soutien aux métaux précieux. Le rapport ADP sur l’emploi, publié ce matin, a jeté un froid sur les marchés : le secteur privé américain n’a créé que 41 000 emplois en décembre, un chiffre bien inférieur aux attentes des analystes.
Ce ralentissement du marché du travail est interprété par les investisseurs comme le signal que la Réserve fédérale américaine (Fed) devra assouplir sa politique monétaire pour éviter une récession. L’anticipation d’une baisse des taux d’intérêt pèse sur le dollar et, par effet de vase communicant, favorise l’or et l’argent.
Volatilité technologique et nouvelles tendances
Pendant que les métaux précieux offrent une tendance haussière de fond, le secteur technologique connaît une forte volatilité. On note par exemple des mouvements erratiques sur des titres comme Baidu, dont le potentiel spin-off (scission d’entreprise) entraîne une réévaluation boursière, ou encore SailPoint qui traverse une semaine difficile.
Toutefois, de nouvelles opportunités émergent en marge des marchés traditionnels. Les analystes observent un début de percée (« breakout ») pour les véhicules électriques à décollage vertical (eVTOL), tandis que le nucléaire revient en force comme tendance technologique majeure, porté par des acteurs comme Constellation Energy, en réponse aux besoins énergétiques croissants des centres de données.
Pour l’investisseur européen ou belge, la leçon de ce début 2026 est claire : la convergence entre une pénurie physique de métaux industriels et un environnement de taux plus bas crée un cycle particulièrement favorable pour les actifs tangibles comme l’argent.



