Tandis que les tensions géopolitiques s’intensifient en Afrique et en Asie, les métaux précieux et industriels s’envolent. L’argent métal a franchi un cap inédit à plus de 61 dollars, porté par la baisse du billet vert, les anticipations monétaires et l’essor inarrêtable de l’intelligence artificielle.
61,61 dollars. C’est le nouveau sommet historique atteint par l’once d’argent, marquant une rupture nette sur les marchés des matières premières. Alors que les investisseurs ont les yeux rivés sur la prochaine décision de la Réserve fédérale américaine (Fed), la fièvre des métaux ne semble pas vouloir retomber, soutenue par un mélange explosif de spéculation technologique et de craintes géopolitiques.
Ruée historique sur les métaux
Les marchés financiers traversent une semaine charnière. Selon les données de Reuters, l’argent a touché un record absolu de 61,61 dollars l’once ce mercredi, tandis que le cuivre, baromètre de l’économie mondiale, a lui aussi atteint un pic historique à 11 705 dollars la tonne.
Cette flambée s’explique principalement par la faiblesse du dollar américain. La devise recule face aux attentes de baisse des taux d’intérêt de la Fed. Mécaniquement, un dollar plus faible rend les matières premières, libellées dans cette monnaie, moins coûteuses pour les investisseurs étrangers, stimulant ainsi la demande.
Comprendre le ratio Or/Argent :
L’argent métal (Silver) possède une double nature : il est à la fois une valeur refuge monétaire (comme l’or) et un métal industriel indispensable. Son envolée actuelle suggère que les investisseurs parient simultanément sur la protection de leur capital et sur une forte demande industrielle future.
En Europe, les places boursières ont ouvert en hausse, tirées logiquement par les valeurs minières qui profitent de cette surchauffe des cours.
L’IA et la Tech : moteurs de la demande industrielle
Si les métaux industriels comme le cuivre et l’argent explosent, c’est aussi parce que la révolution technologique consomme ces ressources à un rythme effréné. Ce jeudi, le magazine Time a désigné les « architectes de l’IA » — Sam Altman, Jensen Huang et Elon Musk — comme personnalités de l’année. Une reconnaissance symbolique qui valide l’euphorie boursière autour du secteur.
L’infrastructure nécessaire au déploiement de l’intelligence artificielle (serveurs, puces, réseaux) est extrêmement gourmande en cuivre et en argent pour la conductivité. Cette tendance de fond se reflète dans les performances boursières : l’action Meta, par exemple, affiche une croissance continue (+9 % en 2025 après une année 2024 explosive à +65 %), bien que des analystes du Café de la Bourse s’interrogent désormais sur le potentiel de croissance pour 2026.
Instabilité géopolitique et chaînes d’approvisionnement
L’euphorie des marchés occidentaux contraste brutalement avec la dégradation sécuritaire dans des zones clés pour les ressources minières. En République Démocratique du Congo (RDC), pays riche en minerais stratégiques, la situation à l’est du pays devient critique.
À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, des sources locales rapportent que les habitants sont désormais piégés alors que le groupe armé M23 consolide son contrôle sur la ville. Ce groupe, que Kinshasa et plusieurs rapports internationaux affirment être soutenu par l’armée rwandaise, menace la stabilité d’une région essentielle pour l’approvisionnement mondial en matières premières.
Parallèlement, en Asie, la violence s’intensifie en Birmanie. Une frappe aérienne attribuée à la junte militaire a touché un hôpital dans l’ouest du pays. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et un groupe rebelle actif dans la zone, le bilan s’élève à 33 morts. Ces conflits, bien qu’éloignés des salles de marchés new-yorkaises ou bruxelloises, ajoutent une prime de risque sur les actifs tangibles.
Quelles perspectives pour l’investisseur ?
L’environnement actuel présente une configuration rare : une hausse simultanée des indices boursiers mondiaux et des matières premières, sur fond de rendements obligataires tendus (les taux japonais sont à leur plus haut depuis 2007).
Pour l’épargnant belge ou français, la question de la diversification reste centrale. Alors que les résultats d’Oracle sont attendus et pourraient confirmer ou infirmer la tendance « Tech », la résilience des métaux précieux face aux incertitudes géopolitiques confirme leur statut d’actif de protection. Reste à savoir si la décision imminente de la Fed viendra valider ces niveaux de prix records ou provoquer une correction brutale.



