Ce mardi 14 octobre 2025 marque un tournant sur les marchés des métaux précieux. Porté par une pénurie physique à Londres et une ruée vers les valeurs refuges, le cours de l’argent a pulvérisé son ancien sommet pour s’établir à des niveaux inédits.
C’est une barrière psychologique et technique vieille de 45 ans qui vient de céder. Alors que les investisseurs avaient les yeux rivés sur la résistance de janvier 1980, le métal gris a déjoué les pronostics en atteignant un sommet historique proche de 53 dollars l’once en séance, avant de se stabiliser autour de 52,89 dollars. Cette hausse de 1 % sur le marché au comptant confirme une dynamique exceptionnelle pour les métaux précieux, qui affichent des gains compris entre 56 % et 81 % depuis le début de l’année.
Ce mouvement s’inscrit dans un contexte économique porteur, soutenu par les attentes de baisses de taux de la Réserve fédérale américaine et un climat d’incertitude géopolitique qui profite également à l’or, lui aussi à son zénith.
Une crise de liquidité à Londres
Au-delà de la macroéconomie, c’est la structure même du marché qui explique la violence de ce mouvement. Une véritable compression des positions courtes (« short squeeze ») a été observée sur la place de Londres, centre névralgique du négoce des métaux précieux.
La demande physique est telle que des tensions logistiques majeures sont apparues. La prime sur l’argent — c’est-à-dire le surcoût à payer par rapport au cours officiel pour obtenir du métal physique immédiatement — a bondi à 1,15 dollar l’once. Ce niveau, rarement atteint, témoigne d’un assèchement des stocks disponibles. Face à l’urgence, les négociants sont contraints d’organiser le transport de lingots par avion, notamment pour combler les déficits d’offre à Londres provoqués par des expéditions massives vers New York et une demande insatiable venue d’Asie.
Note pédagogique : La prime sur un métal précieux correspond à la différence entre le prix du métal pur coté en bourse (le « spot ») et le prix réel payé pour acquérir une pièce ou un lingot. Une prime élevée indique une forte demande pour le métal physique par rapport au métal « papier » (contrats financiers).
L’Inde, moteur de la demande physique
L’appétit pour le métal gris ne se dément pas en Orient. En Inde, l’un des plus grands consommateurs mondiaux, les prix ont grimpé en flèche pour atteindre 189 roupies le gramme (soit 1,89 lakh par kilogramme). Cette demande structurelle indienne accentue la pression sur les stocks occidentaux, créant un déséquilibre durable entre l’offre et la demande.
Selon les analystes de Goldman Sachs, la volatilité actuelle s’explique aussi par la taille du marché. Le marché de l’argent est environ neuf fois plus petit que celui de l’or. Par conséquent, des flux de capitaux identiques provoquent des variations de prix bien plus importantes sur l’argent que sur le métal jaune. C’est ce qui permet à l’argent de surperformer l’or dans les phases haussières, mais qui l’expose aussi à des corrections plus brutales.
Vers un objectif de 65 dollars ?
Si le seuil des 50 dollars a longtemps fait figure de plafond de verre, sa rupture pourrait ouvrir la voie à de nouveaux objectifs. Dans une note publiée ce mardi, Bank of America a relevé ses prévisions, fixant un objectif de cours à 65 dollars l’once pour 2026.
L’institution bancaire justifie cet optimisme par la persistance des déficits d’offre miniers face à une demande industrielle croissante (photovoltaïque, électronique) et par la baisse programmée des taux d’intérêt mondiaux, qui rend les actifs non productifs de rendement comme les métaux précieux plus attractifs.
Avec ce nouveau record, l’argent confirme son statut d’actif incontournable de cette fin d’année 2025, rappelant aux investisseurs que dans les périodes de turbulences monétaires, le « pauvre cousin de l’or » sait parfois voler la vedette.



