Alors que le métal jaune a confirmé son statut de valeur refuge avec une progression spectaculaire ces dernières années et que l’argent a signé une performance record en 2025, les regards se tournent désormais vers la dette colossale des États-Unis. Entre rôle d’assurance patrimoniale et potentiel de réévaluation monétaire, analyse des perspectives économiques pour ce début d’année 2026.
50 %. C’est la hausse impressionnante qu’a enregistrée le cours de l’or entre 2022 et 2024, propulsant l’once de 1 800 à 2 700 dollars. Ce chiffre, loin d’être anodin, illustre la résilience du métal précieux dans un contexte économique mondial troublé. Alors que nous entamons 2026, la question brûlante pour les investisseurs européens et belges est de savoir si cette dynamique peut perdurer, voire s’accélérer.
L’or continue de surperformer les marchés traditionnels lors des crises majeures. À titre de comparaison, le métal jaune avait gagné 25 % en 2008 alors que l’indice boursier américain S&P 500 chutait de 38 %. Une performance similaire (+25 %) a été observée lors de la crise sanitaire de 2020. Pour les gestionnaires de patrimoine, l’or reste avant tout défini comme une assurance de portefeuille, avec une allocation conseillée oscillant généralement entre 5 % et 15 %, plutôt que comme un simple actif de rendement.
L’argent métal : la surprise de 2025
Si l’or attire souvent toute la lumière, c’est son « petit frère », l’argent métal, qui a créé la surprise l’année dernière. L’argent a enregistré une performance record avec une hausse de 70 % sur l’année 2025.
Cette volatilité plus importante de l’argent, souvent corrélée à la reprise industrielle et à la demande en technologies vertes, rappelle aux investisseurs que les métaux précieux ne se comportent pas toujours de manière identique, bien qu’ils partagent une tendance haussière de fond.
Vers de nouveaux sommets en 2026 ?
Pour l’analyste Nicolas Compard, cité par Gold.fr, l’interrogation centrale est désormais de savoir si 2026 sera, à l’instar de 2025, une année de tous les records pour le cours de l’or. Les fondamentaux qui ont soutenu la hausse ces dernières années ne semblent pas s’essouffler, bien au contraire.
Les signaux d’alerte se multiplient du côté des mécanismes financiers complexes. Matthew Piepenburg, analyste pour la société suisse Von Greyerz AG, signale notamment que les tensions sur le marché des « Repo » (accords de rachat) seraient actuellement ignorées par une grande partie des observateurs.
Le marché des « Repo » désigne le marché des pensions livrées, un mécanisme par lequel les banques s’échangent des liquidités à très court terme (souvent 24h) contre des garanties (collatéraux) comme des bons du Trésor. Des tensions sur ce marché indiquent souvent un manque de liquidités dans le système bancaire, précurseur potentiel de crises financières.
Selon l’expert, cette négligence des signaux techniques crée des conditions particulièrement favorables pour une poursuite de la hausse de l’or.
L’ombre de la dette américaine et le scénario des 4 000 $
Au-delà des aspects techniques, c’est la situation macroéconomique des États-Unis qui pourrait servir de catalyseur majeur en 2026. La dette publique américaine atteint des niveaux critiques, citée à 37 trillions de dollars (37 000 milliards), avec un ratio dette/PIB dépassant les 120 %.
Face à cette impasse budgétaire, Matthew Piepenburg évoque une hypothèse audacieuse pour l’administration américaine. Selon lui, le Trésor US, sous l’influence de figures économiques comme Scott Bessent, pourrait envisager une mesure de dernier recours : réévaluer officiellement le prix de l’or à 4 000 dollars l’once.
Cette manœuvre comptable permettrait à la Réserve Fédérale et au Trésor de générer des liquidités immédiates pour faire face aux obligations de la dette, sans avoir à imprimer davantage de monnaie ex nihilo, ce qui aggraverait l’inflation. L’analyste de Von Greyerz AG compare cette possibilité aux craintes formulées par Henry Kissinger dans les années 1970, soulignant que l’histoire monétaire pourrait bégayer face aux murs de la dette.
Si un tel scénario reste hypothétique et conditionné aux décisions politiques américaines, il renforce l’attrait de l’or physique comme protection ultime contre les dévaluations monétaires et les risques souverains. Pour l’épargnant belge ou français, la détention d’or physique apparaît plus que jamais comme une stratégie de prudence face à une année 2026 qui s’annonce riche en incertitudes financières.



