Plus de 4 % de baisse pour le pétrole, plus de 4 300 dollars pour l’or. L’annonce d’un accord de paix intérimaire entre les États-Unis et l’Iran a immédiatement modifié l’équilibre des marchés mondiaux, ce 15 juin 2026.
Les deux pays ont conclu un accord destiné à mettre fin au conflit au Moyen-Orient sur plusieurs fronts, y compris au Liban. Le texte prévoit notamment la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage, la levée de blocus, un allègement des sanctions visant l’Iran et le démantèlement du programme nucléaire de Téhéran. Sa signature est prévue en Suisse le 19 juin, avec une médiation pakistanaise.
La réaction la plus visible concerne le pétrole : la prime de risque géopolitique se dégonfle. Mais l’or, lui, continue de progresser, porté par les attentes de marché et la politique monétaire américaine.
Le pétrole chute avec la réouverture annoncée d’Ormuz
Le baril de Brent a reculé de 4,41 %, à 83,45 dollars. Le WTI a perdu 5,05 %, à 80,62 dollars.
Le Brent est la référence du pétrole extrait en mer du Nord, très suivie en Europe. Le WTI, pour West Texas Intermediate, est la référence américaine. Ces deux prix servent de repères aux contrats pétroliers mondiaux.
La baisse s’explique par la réouverture annoncée du détroit d’Ormuz. Ce passage maritime, situé entre l’Iran et la péninsule Arabique, est stratégique : environ un cinquième du pétrole brut mondial y transite. Quand ce couloir est menacé, les marchés ajoutent une “prime de risque” au prix du baril. Cette prime correspond au surcoût payé par les acheteurs pour intégrer le risque de guerre, de blocage ou de rupture d’approvisionnement.
Avec l’accord entre Washington et Téhéran, cette prime diminue. Les marchés anticipent un transport maritime plus fluide, moins de tensions sur l’assurance des navires et un risque réduit de choc pétrolier.
L’or dépasse 4 300 dollars l’once
À première vue, la hausse de l’or peut surprendre. Le métal jaune est souvent présenté comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise politique, bancaire ou monétaire. Un apaisement géopolitique devrait donc, en théorie, réduire son attrait.
Pourtant, l’or a progressé pendant trois séances consécutives et a dépassé 4 300 dollars l’once. L’once utilisée sur le marché de l’or est l’once troy, soit environ 31,1 grammes. C’est l’unité internationale de référence pour coter le métal précieux.
Cette progression tient à un autre facteur : les anticipations de taux d’intérêt. La Réserve fédérale américaine, la banque centrale des États-Unis, doit tenir sa prochaine réunion de politique monétaire. Les marchés s’attendent à un maintien des taux inchangés.
Des taux stables, voire l’espoir de futures baisses, peuvent soutenir l’or. Le métal ne verse ni intérêt ni dividende. Quand les rendements obligataires deviennent moins attractifs, le coût d’opportunité de détenir de l’or diminue. Autrement dit, renoncer à un placement rémunéré pour conserver de l’or devient moins pénalisant.
Un signal important pour les épargnants européens
Pour un investisseur belge ou européen, le mouvement doit être lu avec prudence. L’or est coté en dollars sur les marchés internationaux. Son prix en euros dépend donc de deux éléments : le cours mondial de l’or et le taux de change euro-dollar.
Si l’or monte en dollars mais que l’euro se renforce fortement, la hausse en euros peut être plus limitée. À l’inverse, un dollar fort amplifie souvent le prix de l’or pour les acheteurs de la zone euro.
Les particuliers doivent aussi distinguer le cours de l’or “spot” et le prix réel d’achat d’une pièce ou d’un lingot. Le cours spot est le prix de référence pour une livraison immédiate sur le marché professionnel. Le prix payé par un particulier inclut généralement une prime, c’est-à-dire un écart lié à la fabrication, à la disponibilité, à la demande et à la marge du vendeur.
Les marchés asiatiques saluent l’accord
L’annonce a également soutenu les Bourses asiatiques. L’indice Nikkei à Tokyo a progressé de 4,64 %, tandis que le Kospi à Séoul a gagné 5,79 %.
Cette hausse traduit l’espoir d’une normalisation au Moyen-Orient. Une baisse du pétrole peut réduire les coûts des entreprises, soutenir les marges et alléger les pressions inflationnistes. Pour les économies importatrices d’énergie, comme une grande partie de l’Europe et de l’Asie, un pétrole moins cher constitue un soulagement potentiel.
Le contexte reste toutefois fragile. Israël a annoncé ne pas retirer ses troupes du Liban malgré l’accord. Cette position rappelle que le texte entre les États-Unis et l’Iran ne règle pas mécaniquement toutes les tensions régionales.
Pourquoi l’or reste surveillé
L’accord intérimaire modifie deux variables majeures pour les métaux précieux : le risque géopolitique et les anticipations d’inflation.
Un pétrole moins cher peut réduire la pression sur les prix de l’énergie. Cela peut, à terme, apaiser l’inflation. Pour les banques centrales, une inflation plus basse ouvre davantage de marge pour stabiliser ou réduire les taux. Ce mécanisme peut soutenir l’or, même dans un environnement géopolitique moins tendu.
La séance du 15 juin montre donc que l’or ne réagit pas seulement aux guerres. Il réagit aussi aux taux, au dollar, à l’inflation et à la confiance dans les politiques monétaires.
La signature prévue en Suisse le 19 juin sera désormais l’étape clé. Si l’accord se confirme dans ses modalités pratiques, le pétrole pourrait rester sous pression. Pour l’or, l’attention se déplacera rapidement vers la Réserve fédérale américaine et vers l’évolution du dollar face à l’euro.


