56,03 euros l’once, soit près de 64,80 dollars : l’argent se rapproche à nouveau du seuil de 65 dollars avant l’annonce de la Réserve fédérale américaine, attendue à 18 heures GMT. Cette progression de 1,25 % en 24 heures intervient dans un marché suspendu aux taux d’intérêt américains.
L’once correspond à 31,1 grammes de métal fin. Pour les épargnants belges, le cours en euros est le repère le plus direct : il détermine largement le prix des pièces et lingots, auquel s’ajoutent la prime du produit, les coûts de fabrication et la marge du vendeur.
Une hausse malgré la pression attendue des taux
La Fed doit annoncer sa décision de politique monétaire ce 17 septembre. Les marchés anticiperaient de plus en plus un relèvement de 25 points de base, soit 0,25 point de pourcentage, qui porterait les taux directeurs dans une fourchette de 3,75 % à 4,00 %, d’après les probabilités implicites suivies par l’outil CME FedWatch.
Cette hypothèse reste toutefois à confirmer par la banque centrale américaine. Elle s’inscrit dans le prolongement d’une inflation américaine qui demeure jugée élevée après les chiffres des prix à la consommation d’août. Le 11 septembre, La Tribune rapportait que ces données réduisaient la perspective d’un assouplissement monétaire.
En théorie, une hausse des taux constitue un frein pour l’argent. Contrairement à une obligation ou à un compte rémunéré, le métal ne verse ni intérêt ni coupon. Lorsque les rendements obligataires augmentent, le coût d’opportunité de détenir de l’argent physique ou financier progresse : un investisseur renonce à un revenu potentiel.
Les obligations américaines restent un obstacle
Le rendement du bon du Trésor américain à dix ans frôlerait 5 %, après avoir atteint 5,04 % mardi, un niveau proche d’un sommet de dix-neuf ans. Le rendement est le revenu annuel que procure une obligation rapporté à son prix. Sa remontée traduit généralement des conditions financières plus strictes.
La force potentielle du dollar ajoute un second obstacle. L’argent est coté mondialement en dollars : un billet vert plus élevé peut rendre le métal plus cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, et donc freiner la demande. Pour un acheteur de la zone euro, l’effet du taux de change euro-dollar peut néanmoins atténuer ou amplifier le mouvement du cours international.
La hausse observée avant la Fed montre donc que les achats à court terme et le retour près du récent pic de 65 dollars l’emportent, pour l’instant, sur cet environnement monétaire défavorable. Cette situation peut rapidement changer après le communiqué et les déclarations de la banque centrale.
Le seuil de 56,4 euros à surveiller
L’analyse technique identifie une première zone de résistance vers 56,4 euros, correspondant à une moyenne mobile exponentielle de vingt jours située autour de 65,12 dollars. Une moyenne mobile lisse les variations quotidiennes pour faire ressortir une tendance ; sa version exponentielle accorde davantage de poids aux séances les plus récentes.
Tant que le cours reste sous cette moyenne, le biais de très court terme demeure légèrement baissier. L’indicateur RSI, proche de 49, ne signale pas d’excès marqué : cet oscillateur mesure la vitesse des variations de prix sur une échelle allant de 0 à 100. Autour de 50, il traduit plutôt un marché hésitant.
À l’inverse, un support est repéré près de 53,7 euros, soit environ 62 dollars. Un support désigne un niveau de prix où les achats ont, par le passé, limité les replis. Une cassure durable sous ce seuil renforcerait le risque d’une correction ; un franchissement net de 56,4 euros placerait à nouveau le récent sommet proche de 65 dollars au centre de l’attention.
Une séance à risque pour les acheteurs d’argent
La décision de la Fed devrait donc déterminer la direction immédiate. Une hausse de taux accompagnée d’un discours ferme sur l’inflation pourrait soutenir le dollar et les rendements, au détriment de l’argent. À l’inverse, toute décision ou communication moins restrictive qu’attendu pourrait favoriser les métaux précieux.
Pour les particuliers, cette volatilité rappelle l’intérêt d’un achat fractionné plutôt que d’une entrée unique après une forte hausse. À 56 euros l’once, le marché de l’argent reste porté par une dynamique spectaculaire, mais il aborde aussi une zone technique de résistance au moment où le risque monétaire américain est maximal.



