2 400 milliards de roubles, soit près de 25 milliards d’euros, auraient été convertis en espèces en Russie depuis janvier 2026. Ce mouvement, s’il se confirme, placerait l’or et le liquide au cœur des réflexes de protection des ménages russes.
Les Russes privilégieraient les billets
Depuis le début de l’année 2026, les ménages, commerces et entreprises russes auraient fortement augmenté leur détention d’argent liquide. Le terme « liquide » désigne ici les espèces physiques : billets et pièces immédiatement utilisables, par opposition à l’argent détenu sur un compte bancaire.
La hausse aurait atteint 643,4 milliards de roubles en juillet, puis 286,4 milliards de roubles sur les deux premières semaines d’août. Cette progression rapide indiquerait une demande élevée de billets dans l’économie russe.
Le phénomène concernerait la Russie dans son ensemble. Il passerait par des retraits bancaires et par la conversion de dépôts en espèces. Autrement dit, une partie de l’épargne quitterait les comptes pour être conservée sous forme de billets.
Une défiance nourrie par les contraintes du quotidien
Plusieurs facteurs expliqueraient cette préférence pour le cash. Les défaillances d’Internet mobile compliqueraient certains paiements électroniques. La pression fiscale, la crainte de restrictions bancaires et la volonté de réduire la traçabilité des transactions joueraient aussi un rôle.
Dans une économie moderne, la majorité de la monnaie circule sous forme scripturale, c’est-à-dire sous forme d’écritures bancaires sur des comptes. Lorsque les particuliers retirent davantage d’espèces, les banques disposent de moins de ressources stables pour financer des crédits aux ménages et aux entreprises.
Ce basculement pourrait donc renforcer une épargne « hors système bancaire ». Cette expression désigne les actifs conservés directement par les particuliers, sans intermédiaire bancaire : billets, métaux précieux, parfois devises étrangères.
L’or physique gagnerait aussi du terrain
Le mouvement ne se limiterait pas aux espèces. Au premier trimestre 2026, les ménages russes auraient acheté 11,3 tonnes de lingots et de pièces d’or. Ce volume représenterait une hausse de 49 % par rapport à l’année précédente et atteindrait un plus haut depuis le début des séries statistiques en 2014.
Un lingot est une barre d’or raffinée, dont le poids et la pureté sont certifiés. Une pièce d’or d’investissement est une pièce reconnue pour sa teneur en métal précieux et sa liquidité, c’est-à-dire sa capacité à être revendue facilement. Dans les deux cas, il s’agit d’or physique, détenu directement, contrairement à l’« or papier » qui prend la forme de produits financiers adossés au métal.
Pour les épargnants, l’or joue traditionnellement le rôle de réserve de valeur. Cela signifie qu’il est recherché pour préserver le pouvoir d’achat dans le temps, surtout lorsque la confiance envers la monnaie, les banques ou l’environnement économique se dégrade.
Un signal à surveiller pour les marchés européens
Ce mouvement russe s’inscrirait dans une tendance plus large : plusieurs acteurs publics continueraient aussi de renforcer leurs réserves aurifères. La Banque nationale tchèque aurait acheté 2 tonnes d’or en août 2026, dans une série d’achats nets mensuels prolongée. La Banque centrale de Jordanie aurait acquis 1 tonne le même mois, dans un contexte régional tendu.
Pour les investisseurs belges et francophones, le cas russe rappelle une mécanique simple : lorsque la confiance baisse, les actifs tangibles redeviennent attractifs. L’or ne produit pas d’intérêt, mais il n’est la dette de personne. C’est précisément cette caractéristique qui nourrit son statut d’actif refuge lors des périodes d’incertitude.
La question centrale reste donc celle de la confiance. Si les retraits de roubles et les achats d’or se confirment, ils illustreraient moins une simple préférence de placement qu’un réflexe de protection du capital.



