166,5 tonnes d’or en trois mois : le chiffre confirme que les banques centrales restent des acheteurs majeurs du métal jaune. Au deuxième trimestre 2025, leurs acquisitions ont reculé de 33 % par rapport au premier trimestre et de 21 % par rapport au même trimestre de l’année précédente. Mais le niveau reste 41 % au-dessus de la moyenne trimestrielle observée entre 2010 et 2021.
Ce signal est important pour les investisseurs européens et belges. Il montre que l’or conserve une place stratégique dans les réserves officielles, même lorsque les prix sont élevés et que les marchés deviennent plus volatils.
Les banques centrales achètent moins vite, mais toujours beaucoup
Les acheteurs sont des banques centrales et institutions publiques chargées de gérer les réserves d’un pays. Ces réserves servent à sécuriser la stabilité financière nationale. Elles sont souvent composées de devises, comme le dollar ou l’euro, d’obligations d’État et d’or.
Au deuxième trimestre 2025, les principaux acheteurs déclarés ont été la Banque nationale de Pologne avec 19 tonnes, le fonds pétrolier souverain d’Azerbaïdjan avec 16 tonnes, la Banque nationale du Kazakhstan avec 16 tonnes, la Turquie avec 11 tonnes et la Chine avec 6 tonnes.
Une partie importante du marché reste moins visible. Environ 54 % des achats estimés proviendraient d’opérations non déclarées immédiatement. Cela signifie que certains États ou institutions peuvent acheter de l’or sans publier l’information au moment exact de la transaction.
Pourquoi l’or reste stratégique pour les États
La raison principale tient à la diversification. Diversifier des réserves signifie répartir les avoirs entre plusieurs actifs afin de réduire la dépendance à une seule devise ou à un seul système financier.
L’or présente aussi une particularité : il est considéré comme un actif sans risque de contrepartie. Cela veut dire qu’il ne dépend pas de la promesse de paiement d’un État, d’une banque ou d’une entreprise. Une obligation, par exemple, suppose qu’un émetteur rembourse sa dette. Un lingot d’or, lui, existe physiquement et ne porte pas la signature d’un débiteur.
Cette caractéristique explique pourquoi plusieurs pays renforcent leurs réserves d’or dans un contexte de tensions géopolitiques, de sanctions financières et de concurrence entre grandes devises.
Des achats étalés dans le temps
Les banques centrales ne se comportent pas comme des investisseurs particuliers. Elles achètent souvent sur plusieurs années. Elles peuvent aussi ajuster leur calendrier en fonction des prix.
Lorsque le cours de l’or monte rapidement, certaines institutions peuvent ralentir temporairement leurs achats. Mais cela ne signifie pas forcément un changement de stratégie. Le chiffre du deuxième trimestre 2025 illustre ce point : le rythme baisse, mais le volume reste historiquement élevé.
Pour mémoire, l’or se négocie en once troy sur les marchés internationaux. Une once troy correspond à environ 31,1 grammes. Quand le cours atteint 4 000 dollars l’once, cela signifie que 31,1 grammes d’or valent environ ce montant avant frais, taxes éventuelles ou primes sur les produits physiques.
Le prix élevé ne fait pas disparaître la demande
Le marché de l’or a connu une forte volatilité depuis 2025. L’année 2025 aurait été exceptionnelle, avec 53 records battus et une progression de plus de 60 %. Le métal aurait atteint un sommet proche de 5 600 dollars l’once fin janvier 2026, avant de corriger fortement.
En juin 2026, l’once d’or a chuté d’environ 12 %, son plus fort repli mensuel depuis octobre 2008, pour évoluer autour de 3 985 dollars. Cette baisse a été liée aux anticipations de hausses de taux par la Réserve fédérale américaine, à un dollar plus fort et à un reflux des tensions au Moyen-Orient.
Le lien entre taux et or est central. Quand les taux d’intérêt montent, les obligations et les placements rémunérés deviennent plus attractifs. L’or, qui ne verse ni coupon ni dividende, peut alors perdre de son attrait à court terme.
Mais la correction n’a pas effacé la demande structurelle. Fin juillet 2026, l’or a rebondi autour de 4 129 dollars l’once après avoir franchi la zone des 4 100 dollars. Ce mouvement a été soutenu par les tensions géopolitiques, des achats de banques centrales asiatiques et des flux vers les ETF adossés à l’or. Un ETF est un fonds coté en Bourse ; lorsqu’il est adossé à l’or, il permet d’obtenir une exposition au métal sans détenir directement des lingots ou des pièces.
Un signal aussi suivi par les particuliers
Les banques centrales ne sont pas les seules à soutenir la demande physique. Au deuxième trimestre 2025, les achats mondiaux de lingots et de pièces ont atteint 306,8 tonnes, en hausse de 11 % sur un an. Le premier semestre 2025 a été le meilleur depuis 2013 pour cette catégorie.
Un lingot est une barre d’or de poids standardisé. Un lingotin est un format plus petit, souvent plus accessible. Les pièces d’or, comme les Napoléons ou les Krugerrands, combinent valeur en or et prime de marché. La prime correspond à l’écart entre le prix de la pièce et la valeur de l’or qu’elle contient.
Pour un épargnant belge ou francophone, ces chiffres ne constituent pas un signal automatique d’achat. Ils indiquent plutôt que l’or reste recherché comme outil de protection patrimoniale et de diversification. Le prix d’entrée, les frais, la liquidité et l’horizon de placement restent déterminants.
Les prévisions restent très contrastées
Les projections de prix pour 2026 et 2027 resteraient très divergentes. WalletInvestor verrait l’or autour de 4 137 dollars en août 2026, puis 4 410 dollars en décembre 2026. LongForecast anticiperait au contraire une baisse vers 3 704 dollars en fin d’année. Pour 2027, WalletInvestor envisagerait un recul modéré au fil de l’année.
Ces écarts rappellent une réalité simple : le cours de l’or dépend de nombreux facteurs. Les taux d’intérêt, le dollar, les tensions internationales, la demande des banques centrales et l’offre minière peuvent faire varier les prix rapidement.
La donnée la plus solide reste donc la demande réelle déjà observée : les banques centrales achètent encore massivement de l’or. Même ralenti, leur rythme demeure supérieur aux standards historiques. Pour le marché, ce soutien institutionnel reste un élément clé à surveiller.



