Environ 59 dollars l’once troy : le cours de l’argent recule alors que la crise entre Washington et Téhéran fait grimper le pétrole et tend les marchés mondiaux.
Le métal blanc a décroché autour de 59 dollars l’once troy, lundi 13 juillet 2026, sur les marchés financiers globaux. L’once troy est l’unité internationale utilisée pour coter les métaux précieux : elle correspond à 31,1035 grammes.
La baisse intervient après l’intensification des frappes américaines contre l’Iran. Le Commandement central américain, le CENTCOM, a annoncé le 12 juillet avoir mené plus de 300 frappes en trois nuits contre des cibles iraniennes, dont 140 le samedi. L’objectif affiché était de réduire la capacité de l’Iran à menacer les navires civils dans la région, notamment autour du détroit d’Ormuz.
Le lien avec l’argent passe par le pétrole. Les tensions dans cette zone stratégique ont alimenté une flambée du brut. Le WTI, référence américaine du pétrole, était déjà passé de 69,1 à 72,5 dollars le baril, soit environ +5 %, après de nouvelles attaques autour du détroit d’Ormuz et des décisions de Washington liées aux achats de pétrole iranien.
Le pétrole rallume le risque inflationniste
La hausse du pétrole pèse sur l’ensemble de l’économie. Le brut entre dans les coûts de transport, d’industrie, de chauffage et de production. Quand son prix grimpe, les marchés anticipent souvent une inflation plus persistante.
L’inflation désigne la hausse générale des prix. Elle réduit le pouvoir d’achat d’une monnaie. Pour la combattre, une banque centrale peut maintenir ou relever ses taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie.
C’est ce mécanisme qui pèse aujourd’hui sur l’argent. Le métal blanc ne verse ni intérêt ni dividende. Il fait donc partie des actifs dits « non rémunérateurs ». Quand les investisseurs pensent que les taux d’intérêt vont rester élevés, les obligations et les placements monétaires deviennent relativement plus attractifs.
Le point clé est le taux réel. Il s’agit du taux d’intérêt corrigé de l’inflation. Par exemple, si un placement rapporte 5 % et que l’inflation est de 3 %, le taux réel est proche de 2 %. Plus les taux réels montent, plus le coût d’opportunité de détenir de l’argent augmente.
Pourquoi l’argent baisse alors que la géopolitique se tend
La réaction peut sembler paradoxale. En période de crise géopolitique, les métaux précieux sont souvent recherchés comme valeurs de protection. L’or joue généralement ce rôle avec plus de constance. L’argent, lui, a une double nature.
D’un côté, il s’agit d’un métal précieux détenu sous forme de pièces, de lingots ou de produits financiers. De l’autre, c’est aussi un métal industriel, utilisé notamment dans l’électronique, le photovoltaïque, les composants électriques et certaines applications médicales.
Cette double exposition rend l’argent plus volatil que l’or. La volatilité mesure l’ampleur des variations de prix. Lorsque les marchés craignent un choc sur l’énergie, une inflation plus dure et un durcissement monétaire, l’argent peut donc baisser même dans un contexte de tensions militaires.
La situation actuelle reflète ce tiraillement. Les frappes américaines renforcent l’incertitude géopolitique. Mais la hausse du pétrole pousse aussi les marchés à anticiper des conditions financières plus strictes aux États-Unis. Dans ce scénario, le soutien géopolitique ne suffit pas à compenser la pression des taux.
Le détroit d’Ormuz reste au centre des inquiétudes
Le détroit d’Ormuz est un passage maritime majeur entre le golfe Persique et la mer d’Arabie. Une part importante du pétrole mondial y transite. Toute menace sur cette route peut provoquer une réaction rapide des prix de l’énergie.
Téhéran refuse par ailleurs de reprendre les négociations avec Washington tant que les États-Unis n’auront pas respecté leurs engagements sur la sécurité du transit maritime et la normalisation des exportations pétrolières iraniennes. Ce blocage diplomatique prolonge l’incertitude.
Les marchés financiers ont déjà intégré une partie de cette nervosité. À Wall Street, le S&P 500 a reculé de 0,5 %, le Nasdaq de 1,2 % et le Dow Jones de 0,3 %, dans un climat mêlant tensions géopolitiques et inquiétudes sur les semi-conducteurs. Le VIX, souvent surnommé « indice de la peur » car il mesure les anticipations de volatilité sur les actions américaines, a progressé de 3,6 %.
La Fed reste l’arbitre pour les métaux précieux
La Réserve fédérale américaine, la Fed, reste centrale pour l’évolution de l’argent. Si la hausse du pétrole alimente durablement l’inflation, les investisseurs pourraient repousser leurs attentes de baisse des taux. Cela pèserait sur l’argent et, dans une moindre mesure, sur l’or.
La Fed de New York a indiqué que les anticipations d’inflation à un an des ménages américains avaient atteint 3,7 % en juin 2026, leur plus haut niveau depuis septembre 2023. Les anticipations d’inflation correspondent à ce que les ménages pensent que les prix feront dans les prochains mois. Elles comptent, car elles peuvent influencer les salaires, les prix et les décisions de politique monétaire.
Pour les investisseurs européens et belges, deux éléments doivent être surveillés. Le premier est le cours de l’argent en dollars, car la cotation internationale se fait en devise américaine. Le second est le taux de change euro-dollar, qui peut amplifier ou réduire la variation du prix en euros.
L’achat physique ajoute aussi une autre variable : la prime. La prime est l’écart entre le prix théorique du métal contenu dans une pièce ou un lingot et son prix réel d’achat ou de vente. Elle dépend de la disponibilité, de la demande, du fabricant, du format et des frais de distribution.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La trajectoire de l’argent dépendra surtout de trois facteurs : l’évolution militaire autour de l’Iran, le prix du pétrole et les signaux de la Fed sur les taux. Une détente dans le détroit d’Ormuz pourrait réduire la pression inflationniste. À l’inverse, une nouvelle flambée du brut renforcerait le scénario de taux réels élevés.
Le recul vers 59 dollars ne traduit donc pas seulement une réaction au conflit. Il reflète surtout la crainte que le choc pétrolier retarde l’assouplissement monétaire américain.
Pour l’argent, la crise actuelle rappelle une règle simple : le métal blanc peut protéger contre certaines tensions, mais il reste très sensible aux taux, au dollar et au cycle industriel. La prudence s’impose tant que le pétrole et la diplomatie restent sous tension.



