Près de 28 % de baisse depuis janvier : l’or traverse son plus net accès de faiblesse depuis plus de dix ans. Au deuxième trimestre 2026, le cours du métal jaune a reculé d’environ 14 % sur le marché international. En juin, il est repassé sous la barre des 4 000 dollars l’once, après avoir atteint 5 595 dollars en janvier.
L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence du marché de l’or, soit environ 31,1 grammes. Cette chute concerne donc le prix international de référence, généralement exprimé en dollars. Pour un investisseur belge ou européen, le prix final dépend aussi du taux de change entre l’euro et le dollar, ainsi que des primes appliquées sur les pièces et lingots.
Le mouvement marque un tournant. L’or reste un actif de protection à long terme, mais il subit actuellement une pression inhabituelle. La cause principale vient des États-Unis : une politique monétaire plus restrictive, des taux plus élevés, un dollar solide et des capitaux qui se redirigent vers la technologie.
Les taux américains changent l’équation
Le facteur central se situe à Washington. L’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine, la Fed, a modifié les anticipations des marchés. La Fed est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe notamment les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie.
Kevin Warsh est considéré comme un profil « faucon ». Dans le vocabulaire monétaire, un faucon désigne un responsable favorable à une politique stricte contre l’inflation, souvent avec des taux d’intérêt plus élevés.
Cette orientation pèse directement sur l’or. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les obligations d’État américaines offrent de meilleurs rendements, les investisseurs arbitrent plus facilement en leur faveur. C’est le coût d’opportunité : conserver de l’or signifie renoncer à un revenu potentiel ailleurs.
Les marchés anticipent au moins une hausse des taux directeurs américains d’ici la fin 2026, notamment en octobre d’après l’outil FedWatch du CME, qui mesure les attentes des investisseurs sur les décisions de la Fed.
Le dollar fort accentue la pression
Le renforcement du dollar ajoute une deuxième pression. L’or étant coté en dollars, un billet vert plus fort rend le métal plus cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Cette mécanique peut freiner la demande internationale.
Dans le même temps, le dollar concurrence l’or comme valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché en période d’incertitude, car il est jugé plus sûr que d’autres placements. En 2026, les rendements américains élevés attirent des liquidités vers les obligations et vers le dollar, au détriment des positions aurifères.
Pour les épargnants européens, cette situation est ambivalente. Un dollar fort peut amortir une partie de la baisse du prix de l’or exprimé en euros. Mais il peut aussi compliquer le moment d’achat, car le prix local ne reflète pas toujours exactement la baisse observée en dollars.
La technologie capte les capitaux
La baisse de l’or ne vient pas seulement des taux. Les investisseurs redirigent aussi une partie de leurs capitaux vers les secteurs technologiques. L’intelligence artificielle, la fabrication de puces et de grandes introductions en bourse, comme SpaceX, attirent l’attention.
Cette rotation s’explique par la croissance des profits. Les bénéfices par action du S&P 500 ont progressé de 25 % sur un an au premier trimestre 2026. Le bénéfice par action mesure le profit rapporté à chaque action d’une entreprise. Il sert souvent à évaluer la rentabilité d’un marché boursier.
Tant que les entreprises technologiques affichent des perspectives de croissance et des dividendes en hausse, l’or souffre de la comparaison. Le métal jaune protège, mais ne produit pas de revenu. Les actions, elles, peuvent offrir des gains de cours et parfois des dividendes.
La Chine freine la spéculation sur l’or
Un autre élément vient de Chine. Pékin a limité l’accès des particuliers aux contrats à terme sur l’or. Un contrat à terme est un produit financier qui permet d’acheter ou de vendre un actif à une date future, à un prix fixé à l’avance. Il sert à se couvrir contre un risque, mais aussi à spéculer.
En bridant l’accès des particuliers à ces produits dérivés, les autorités chinoises cherchent à contrôler la spéculation sur le marché intérieur. Cette décision réduit une source importante de demande financière pour l’or. Elle contribue donc à la spirale baissière observée depuis le printemps.
Les banques centrales évitent un décrochage plus brutal
Le tableau n’est toutefois pas uniquement négatif. Les banques centrales continuent d’acheter de l’or. Au premier trimestre 2026, leurs achats nets ont atteint 244 tonnes. Les achats nets correspondent aux achats diminués des ventes sur une période donnée.
Cette demande institutionnelle joue un rôle de soutien. Les banques centrales achètent de l’or pour diversifier leurs réserves, réduire leur dépendance au dollar et se protéger contre les risques géopolitiques. Les tensions au Moyen-Orient, les frictions commerciales internationales et la hausse des dettes publiques renforcent cet intérêt.
Environ 30 % des banques centrales prévoient encore d’augmenter leurs réserves d’or dans les 12 à 24 prochains mois. Ce mouvement ne suffit pas à empêcher la baisse actuelle, mais il crée un plancher de demande plus solide qu’auparavant.
Que doivent retenir les investisseurs ?
Pour les investisseurs, le message est clair : l’or reste un actif de long terme, mais il n’échappe pas aux cycles de marché. Sa baisse actuelle s’explique par des facteurs puissants et cohérents : taux plus élevés, dollar fort, concurrence des obligations, attrait des technologies et restrictions chinoises.
Un achat d’or physique doit donc se préparer avec méthode. Le prix spot, c’est-à-dire le prix de marché de référence, ne correspond pas toujours au prix payé pour une pièce ou un lingot. Il faut aussi intégrer la prime, qui reflète la fabrication, la rareté, la demande et la marge de distribution.
Pour une vente, le contexte impose aussi de comparer les prix de rachat et de tenir compte du support détenu. Les pièces très demandées peuvent mieux résister que certains produits moins liquides. La liquidité désigne la facilité à revendre rapidement un actif sans forte décote.
La correction de 2026 ne remet pas en cause le rôle historique de l’or comme réserve de valeur. Elle rappelle surtout qu’un métal refuge peut lui aussi subir de fortes secousses lorsque les taux et le dollar reprennent la main. Pour les investisseurs, le tournant actuel invite moins à l’urgence qu’à la discipline.



