8,2 milliards de RMB, soit environ 1 milliard d’euros, ont quitté les ETF sur l’or chinois en mai 2026. C’est la première sortie mensuelle de capitaux depuis août 2025. Le mouvement traduit un changement d’arbitrage : une partie des investisseurs chinois a vendu des fonds liés à l’or pour se repositionner sur les marchés actions nationaux, alors plus porteurs.
Un ETF, ou fonds coté en Bourse, est un produit financier qui s’achète et se vend comme une action. Un ETF sur l’or cherche à répliquer l’évolution du prix de l’or. Il peut être adossé à de l’or physique ou à des instruments financiers liés au métal. Pour un investisseur, c’est une manière d’exposer son portefeuille à l’or sans acheter directement des pièces, des lingots ou des lingotins.
Les investisseurs chinois privilégient les actions
En Chine, le retrait de mai marque une rupture après plusieurs mois d’entrées dans les ETF aurifères. Les actifs sous gestion de ces fonds ont reculé de 5 %, à 289 milliards de RMB. Les actifs sous gestion désignent la valeur totale des placements détenus par un fonds pour le compte de ses investisseurs.
Les avoirs en or des ETF chinois sont tombés à 293 tonnes. Dans ce contexte, les « avoirs » correspondent à la quantité d’or détenue ou représentée par les fonds pour couvrir l’exposition de leurs porteurs de parts.
Le moteur principal est clair : les investisseurs ont arbitré en faveur des actions chinoises. Quand les marchés boursiers progressent ou paraissent offrir de meilleures perspectives de rendement à court terme, l’or peut être temporairement délaissé. Le métal jaune ne verse pas de dividende et ne produit pas d’intérêt. Son attrait repose surtout sur la préservation du capital, la diversification et son rôle de valeur refuge en période d’incertitude.
Le prix de l’or recule aussi en Chine
Le mouvement de sortie des ETF s’est accompagné d’une baisse des cours de l’or en mai. Le prix LBMA PM a reculé de 1,4 %. Le LBMA PM est le prix de référence de l’or fixé l’après-midi à Londres par le marché professionnel londonien des métaux précieux. Il sert de repère international pour de nombreuses transactions.
En Chine, le prix de référence de Shanghai PM a baissé plus fortement, de 2,7 %. Ce prix reflète davantage les conditions du marché chinois, notamment la demande locale, la devise et les flux physiques.
Le renforcement du RMB, le renminbi, c’est-à-dire la monnaie chinoise, a pesé sur l’or coté localement. Dans le même temps, l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient a soutenu le dollar et les rendements obligataires. Des rendements obligataires plus élevés rendent les obligations plus attractives face à l’or, qui ne rapporte pas d’intérêt. Cela peut réduire l’appétit des investisseurs pour le métal précieux.
Le marché physique montre aussi des signes de faiblesse
La baisse ne concerne pas seulement les ETF. L’activité de gros de l’or en Chine a fortement ralenti. En mai, les retraits d’or à la Shanghai Gold Exchange ont chuté de 38 % par rapport au mois précédent et de 36 % sur un an, à 64 tonnes. C’est le plus bas niveau observé pour un mois de mai depuis 2010.
La Shanghai Gold Exchange est la principale place chinoise pour l’or physique. Les retraits d’or de ses coffres sont suivis par les analystes, car ils donnent une indication de la demande réelle du marché de gros. Une baisse des retraits peut signaler une demande plus faible de la part des bijoutiers, négociants ou industriels.
Plusieurs facteurs se combinent : une tendance saisonnière moins favorable, la baisse des prix et la faiblesse du secteur de la joaillerie. La bijouterie reste un canal important de la demande d’or en Chine. Mais ce secteur subit aussi des pressions financières et fiscales, ce qui limite sa capacité à acheter du métal.
La banque centrale chinoise continue d’acheter
Le signal envoyé par les investisseurs privés contraste avec la stratégie de la Banque populaire de Chine. En mai 2026, l’institution a ajouté 10 tonnes d’or à ses réserves. Il s’agit du dix-neuvième mois consécutif d’achats.
Les réserves officielles chinoises atteignent désormais 2 332 tonnes. L’or représente 8,9 % des réserves de change du pays. Les réserves de change sont les actifs détenus par une banque centrale en monnaies étrangères, obligations et or, afin de sécuriser la stabilité financière du pays.
Cette accumulation s’inscrit dans une logique de diversification. L’or est un actif sans risque de contrepartie directe : il ne dépend pas de la promesse de paiement d’un État ou d’une entreprise. Il est aussi considéré comme moins exposé aux sanctions financières que certains actifs libellés en devises étrangères.
L’Europe fait exception dans un marché mondial en retrait
Le repli chinois s’inscrit dans une tendance mondiale plus large. En mai 2026, les ETF aurifères mondiaux ont enregistré 2 milliards de dollars de sorties nettes. Les actifs sous gestion mondiaux ont diminué de 2 %, à 604 milliards de dollars.
L’Europe se distingue toutefois par des entrées nettes de 3,34 milliards de dollars. Pour les investisseurs belges et francophones, ce contraste est important. Il montre que l’or reste recherché dans certaines régions, même lorsque les capitaux se déplacent ailleurs vers les actions ou les obligations.
Cette divergence peut s’expliquer par des sensibilités différentes à l’inflation, aux taux d’intérêt, aux devises et au risque géopolitique. En Europe, l’or conserve souvent une fonction de couverture patrimoniale. Une couverture vise à réduire le risque global d’un portefeuille lorsque d’autres actifs, comme les actions, deviennent plus volatils.
Un arbitrage, pas un désaveu de l’or
La sortie de capitaux des ETF chinois ne signifie pas que l’or perd son rôle stratégique. Elle montre plutôt que les investisseurs peuvent réduire leur exposition lorsque les actions locales semblent offrir une meilleure dynamique à court terme.
Le contraste est révélateur : les investisseurs privés chinois ont vendu des ETF, tandis que la banque centrale chinoise a continué d’acheter de l’or physique. À court terme, l’or subit la concurrence des actions ; à long terme, il reste un actif de réserve suivi de près par les banques centrales.
Pour un épargnant européen, la leçon principale est celle de la diversification. Un ETF or offre de la liquidité et une exposition simple au prix du métal. L’or physique, lui, répond davantage à une logique de détention directe et de préservation patrimoniale. Dans les deux cas, le calendrier d’achat, les frais, la fiscalité et l’horizon de placement restent déterminants.
La Chine rappelle ainsi une règle de marché simple : l’or peut connaître des sorties de capitaux lorsque l’appétit pour le risque revient, sans disparaître des stratégies de protection du capital.



