En dépassant les 6 000 tonnes de réserves d’or physique au printemps 2026, le bloc des BRICS+ accélère sa stratégie de dédollarisation, redessinant ainsi les équilibres financiers mondiaux.
Début avril 2026, l’once d’or a franchi la barre vertigineuse des 4 660 dollars. Cette flambée historique ne doit rien au hasard : elle est le résultat direct d’une frénésie d’achats souverains menée par les banques centrales des pays du BRICS+. Selon les données compilées par divers analystes financiers, ces nations détiennent désormais 17,4 % des réserves mondiales d’or, contre seulement 11,2 % en 2019.
La Russie et la Chine contrôlent à elles seules environ 74 % de ce trésor, tandis que la Chine a encore ajouté 5 tonnes à ses coffres en mars 2026. L’Arabie Saoudite, fraîchement intégrée au bloc, possède déjà 323 tonnes et pourrait augmenter massivement sa part. Ce groupe absorbe aujourd’hui près de 20 % de la production minière mondiale annuelle, créant un prix plancher structurel pour le métal précieux.
Le gel des actifs russes comme électrochoc mondial
Pour comprendre cette dynamique, il faut remonter à mars 2022. À la suite de l’invasion de l’Ukraine, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont gelé environ 300 milliards de dollars de réserves de change russes. Cet événement géopolitique a agi comme un véritable catalyseur. Les banques centrales du monde entier ont pris conscience que des réserves libellées en dollars, si elles sont stockées dans des systèmes financiers étrangers, peuvent être saisies à tout moment.
Dès lors, les achats d’or des banques centrales ont doublé, passant de 500 tonnes annuelles à plus de 1 000 tonnes. L’or physique, rapatrié sur le sol national, ne peut être ni confisqué ni gelé par des puissances étrangères. Mathématiquement, cette stratégie porte ses fruits. Selon les données officielles du Fonds Monétaire International (FMI), la part du dollar américain dans les réserves mondiales a chuté à 57 % fin 2025, son plus bas niveau depuis 1994. Dans le même temps, la part de l’or est passée de moins de 10 % en 2015 à plus de 23 %.
L’UNIT : une potentielle monnaie alternative adossée à l’or
Pour s’affranchir définitivement de la monnaie américaine, les nations émergentes chercheraient à créer un système financier parallèle. Selon des informations rapportées par le média économique Business AM, le bloc des BRICS développerait actuellement une nouvelle infrastructure financière incluant une monnaie de règlement international baptisée « UNIT ».
Cette nouvelle devise serait adossée à l’or et permettrait aux pays membres de réaliser leurs échanges commerciaux de manière directe. L’objectif est clair : éliminer le besoin de convertir les devises locales en dollars via les réseaux bancaires occidentaux comme SWIFT. Ce système, qui ne serait contrôlé par aucune banque centrale unique, réduirait les frais de transaction tout en protégeant ses utilisateurs des sanctions économiques. Toutefois, la faisabilité technique d’un étalon-or strict faisant encore débat parmi les experts, ce projet conserverait pour l’heure un statut hybride en cours d’élaboration.
Arbitrage et monétisation : l’Europe et le Moyen-Orient s’adaptent
Face à ce déplacement du marché mondial de l’or de l’Occident vers l’Est, les banques centrales européennes et moyen-orientales optimisent également la gestion de leur patrimoine souverain. Le média spécialisé Kitco News rapporte que la Banque de France a récemment vendu 129 tonnes de son or stockées aux États-Unis, avant de racheter une quantité équivalente en Europe. Cette manœuvre a permis à l’institution française de générer un bénéfice net de 15 milliards de dollars, tout en sécurisant géographiquement ses réserves. De son côté, la Turquie a fait le choix inverse en mars 2026, en décidant de monétiser 118 tonnes de son propre or.
Pédagogie de l’investisseur :
Sur les marchés de l’or, l’opération réalisée par la Banque de France s’apparente à un arbitrage. Il s’agit d’une technique financière consistant à tirer profit d’un écart de prix ou de conditions favorables entre deux marchés différents pour un même actif. À l’inverse, la monétisation effectuée par la Turquie désigne l’action de vendre massivement des réserves d’or physique sur les marchés pour obtenir des liquidités immédiates, souvent utilisées pour soutenir l’économie nationale ou la monnaie locale.
Le centre de gravité de la finance mondiale bascule inexorablement vers l’Est. Si la fin totale de l’hégémonie du dollar américain n’est pas encore actée, l’or s’impose plus que jamais comme la valeur refuge ultime et le pilier central d’un système monétaire devenu multipolaire.



