Après une violente chute due à des liquidations massives en urgence, le métal jaune repasse la barre des 4.500 dollars l’once en cette fin mars 2026. La flambée croisée de l’or et du pétrole ravive les craintes d’une grave crise économique sur les marchés financiers.
C’est une volatilité historique qui secoue les portefeuilles en cette fin de mois. En l’espace de quelques jours, l’once d’or a bondi de son point bas de 4.098 dollars pour se hisser autour de 4.525 dollars en fin de semaine. Ce spectaculaire revirement illustre la nervosité des investisseurs européens et internationaux face à un cocktail redouté : escalade géopolitique au Moyen-Orient, envolée des prix de l’énergie et pressions sur les taux d’intérêt.
Le spectre de la stagflation plane sur l’économie
Le retour en grâce de l’or s’inscrit dans un climat de forte angoisse macroéconomique. Le baril de pétrole de type Brent a franchi le cap des 110 dollars, poussant les marchés à anticiper un choc d’offre énergétique durable. En parallèle, les rendements des obligations d’État américaines à 10 ans grimpent à 4,44 %, réduisant drastiquement les espoirs de voir les banques centrales baisser leurs taux d’intérêt.
Cette conjoncture ravive le scénario des années 1970 : la stagflation.
Qu’est-ce que la stagflation ?
Ce terme économique désigne une situation redoutée par les gouvernements, combinant deux maux théoriquement contradictoires : une inflation persistante (hausse généralisée des prix, notamment via l’énergie) et une stagnation de l’économie (ralentissement de la croissance et hausse du chômage). Dans ce contexte précis, la monnaie perd de son pouvoir d’achat, faisant de l’or un outil de protection patrimoniale privilégié.
L’étincelle géopolitique : tensions dans le détroit d’Ormuz
À la racine de cette incertitude se trouve l’embrasement du Moyen-Orient, initié fin février par des frappes américano-israéliennes sur le territoire iranien. La situation aurait récemment franchi un nouveau cap critique. Selon des analyses relayées par les firmes financières ActionForex et IG International, l’Iran restreindrait l’accès au détroit d’Ormuz pour les navires marchands liés aux États-Unis, à Israël et à leurs alliés. Si ce blocus ciblé se confirme sur le terrain, l’impact mondial sera massif : ce goulot d’étranglement stratégique voit transiter environ 20 % de l’offre mondiale de pétrole.
Toutefois, une accalmie précaire a provoqué le récent rebond de l’or. Le président américain Donald Trump a annoncé sur le réseau Truth Social un report de cinq à dix jours de frappes militaires qui semblaient imminentes contre les infrastructures iraniennes, évoquant des discussions « constructives ». Bien que l’agence de presse iranienne Fars ait démenti l’existence de ces échanges, cette pause tactique a suffi à rassurer partiellement les places boursières, incitant les capitaux à se repositionner sur le métal précieux.
Comprendre la violente chute de l’or au début du mois
Pour saisir l’importance du rebond actuel à 4.525 dollars, il faut analyser la chute vertigineuse qui l’a précédé. Fin février, lors des premières frappes sur l’Iran, l’or avait franchi les 5.400 dollars l’once. Pourtant, le marché a fini par s’effondrer vers les 4.000 dollars.
Cette chute s’explique par le positionnement extrême du marché. En 2025, les banques centrales mondiales avaient acquis le volume record de 863 tonnes d’or, créant un environnement sur-acheté. Lorsque la panique boursière a frappé début mars, les investisseurs ont eu un besoin vital de liquidités immédiates. Les grands fonds d’investissement (ETF) adossés à l’or physique ont liquidé plus de 66 tonnes du précieux métal, un record de vente depuis 2021. La banque centrale de Turquie a également cédé près de 60 tonnes pour amortir le choc sur son économie nationale.
Qu’est-ce qu’un ETF et comment l’or sert-il de liquidité d’urgence ?
Un ETF (Exchange Traded Fund) est un fonds coté en bourse permettant d’investir dans l’or sans détenir les lingots physiquement. Lors d’un krach boursier, les investisseurs subissent ce que l’on nomme des « appels de marge » (l’obligation contractuelle de couvrir leurs pertes par de l’argent frais). Pour trouver ces liquidités en urgence, ils sont contraints de vendre le seul actif qui conserve une forte valeur et se revend instantanément : l’or. Le métal passe alors temporairement de « valeur refuge » à « distributeur automatique de billets ».
Aujourd’hui, les marchés actions mondiaux accusent le coup des tensions persistantes, le Dow Jones américain s’approchant dangereusement du seuil critique des 45.000 points. Le marché de l’or, balloté entre sa fonction de réserve d’argent frais en temps de crise et son statut de rempart contre l’inflation, n’a probablement pas fini de connaître de fortes variations. Si le blocage du détroit d’Ormuz s’installe dans la durée, la pression sur les prix de l’énergie pourrait bien ancrer la stagflation dans la réalité économique européenne, propulsant potentiellement le métal jaune vers de nouveaux sommets.



