Une baisse spectaculaire bouscule les certitudes des investisseurs. Alors que le Moyen-Orient s’embrase et menace l’approvisionnement énergétique mondial, le métal jaune perd temporairement son statut historique de valeur refuge face à une ruée soudaine vers les liquidités.
Une perte vertigineuse de plus de 1 250 dollars en l’espace d’un mois. Depuis son pic historique fixé à 5 600 dollars l’once à la fin du mois de février 2026, l’or a entamé une chute libre pour s’établir entre 4 330 et 4 372 dollars ce 23 mars. Cette correction massive de près de 22 % prend à contre-pied les marchés financiers, qui anticipaient une flambée du métal précieux en raison du contexte géopolitique explosif.
Cette dépréciation fulgurante ne se limite pas à l’once d’or. Elle entraîne dans son sillage l’ensemble des métaux précieux et industriels, avec une once d’argent retombée à 65,55 dollars, ainsi que de fortes baisses sur le platine et le cuivre. Sur les marchés physiques locaux, l’onde de choc est tout aussi brutale. Au Vietnam, par exemple, les célèbres lingots de la marque d’État SJC sont passés sous la barre symbolique des 170 millions de dongs l’once.
Comprendre le phénomène de « deleveraging » sur l’or
Pour l’investisseur particulier, voir l’or s’effondrer au moment même où une guerre majeure éclate peut sembler illogique. L’explication technique réside dans un phénomène financier appelé le « deleveraging », ou désendettement forcé.
Concrètement, face à la panique boursière, les investisseurs institutionnels accusent de lourdes pertes sur d’autres actifs (comme les actions). Pour couvrir ces pertes immédiates et répondre aux appels de marge de leurs courtiers, ils sont contraints de vendre en urgence les actifs qui ont encore de la valeur et qui se liquident facilement, à l’instar de l’or. Le métal jaune sert alors de distributeur de billets pour éponger les dettes ailleurs, ce qui provoque une offre massive sur le marché et fait plonger les cours.
À ce besoin urgent de liquidités s’ajoute le rôle du dollar américain. Les craintes d’une inflation durable poussent les marchés à anticiper un maintien prolongé des taux directeurs élevés par la Réserve fédérale américaine (Fed). Cette perspective renforce brutalement le dollar et les rendements obligataires. L’or ne rapportant aucun intérêt, il devient mécaniquement moins attractif face à un billet vert fort, déclenchant des prises de bénéfices après la bulle haussière du début d’année.
Un embrasement au Moyen-Orient qui alimente le choc inflationniste
Si les marchés craignent tant l’inflation, c’est parce que le cœur énergétique de la planète est actuellement pilonné. À la mi-mars, des frappes croisées destructrices ont visé les infrastructures vitales d’Israël et de l’Iran. L’armée israélienne a bombardé le champ gazier iranien de South Pars, responsable de 70 % de la production de Téhéran. En représailles, les forces iraniennes ont frappé des sites pétroliers et gaziers en Arabie Saoudite, aux Émirats, au Koweït et au Qatar.
L’impact de ces destructions est colossal. Selon des informations relayées par Zonebourse et Reuters, le complexe qatari de Ras Laffan a été lourdement touché. Le PDG de QatarEnergy a confirmé que 17 % de la capacité qatarie de gaz naturel liquéfié (GNL) a été anéantie, nécessitant des réparations qui pourraient s’étaler sur cinq ans. En conséquence, le baril de pétrole Brent s’est durablement installé au-dessus des 110 dollars.
La situation s’est encore aggravée ce week-end du 22 mars. Washington a lancé un ultimatum de 48 heures au gouvernement iranien, exigeant la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz sous peine de détruire ses infrastructures électriques. La réponse du Corps des Gardiens de la Révolution ne s’est pas fait attendre : ils menacent d’attaquer les usines de dessalement d’eau et les réseaux d’énergie des pays voisins du Golfe si les États-Unis mettent leur menace à exécution.
Quelles perspectives pour l’investisseur belge et européen ?
Pour les épargnants et investisseurs européens, cette conjoncture dessine le spectre de la stagflation : une période alliant une forte inflation (importée par les prix de l’énergie) et un ralentissement de la croissance économique.
La Banque Centrale Européenne (BCE) se retrouve paralysée, prise en étau entre la nécessité de baisser ses taux pour relancer l’économie européenne et l’obligation de les maintenir élevés pour contrer la flambée du pétrole.
Bien que l’or subisse actuellement une purge sévère due à la crise de liquidité, les fondamentaux économiques à long terme restent particulièrement fragiles. Une fois les portefeuilles institutionnels rééquilibrés et le besoin de cash immédiat assouvi, les monnaies fiduciaires continueront de subir l’érosion de l’inflation énergétique, ce qui pourrait, à terme, redonner au métal physique son attrait fondamental de préservation du patrimoine.



