Alors que les marchés boursiers européens affichent une volatilité marquée en ce début d’année 2026, l’or confirme son statut de valeur refuge incontournable. Face à un cours qui se maintient au-dessus des 5 100 dollars l’once, les grandes institutions financières révisent leurs cibles à la hausse, obligeant le secteur de la bijouterie à repenser son modèle économique.
6 300 dollars l’once. C’est l’objectif vertigineux fixé par JP Morgan pour la fin de l’année 2026. Ce chiffre, qui aurait semblé impensable il y a encore quelques années, illustre le changement de paradigme monétaire en cours. En ce 26 février 2026, alors que le métal jaune s’échange entre 5 177 et 5 248 dollars sur les marchés internationaux — après un pic historique frôlant les 5 600 dollars fin janvier —, le consensus des analystes n’a jamais été aussi haussier.
Un alignement des planètes pour le métal jaune
Les grandes banques d’affaires américaines et suisses s’accordent sur une poursuite de la tendance haussière. Outre JP Morgan, Bank of America anticipe un cours de 6 000 dollars dans les douze prochains mois, tandis que UBS vise 6 200 dollars pour la mi-année. Même les prévisions les plus conservatrices, comme celles de Goldman Sachs, tablent sur un niveau de 5 400 dollars.
Plusieurs moteurs fondamentaux soutiennent cette dynamique décrite dans les notes de recherche relayées par Reuters et Boursorama :
- La baisse des taux directeurs : La Réserve fédérale américaine (Fed) poursuit son cycle d’assouplissement monétaire. Or, l’or ne générant pas de rendement (dividende ou intérêt), il devient mécaniquement plus attractif lorsque les taux d’intérêt réels diminuent.
- Les tensions géopolitiques : L’instabilité persistante, notamment les risques liés à l’Iran, pousse les investisseurs institutionnels vers la sécurité du métal précieux.
- La dé-dollarisation : Les banques centrales continuent de diversifier leurs réserves de change, réduisant leur exposition au billet vert au profit de l’or physique.
L’argent métal suit cette trajectoire, s’échangeant autour de 90,70 dollars l’once, bien qu’il reste en deçà de son récent pic supérieur à 120 dollars.
Les bijoutiers français face au mur des coûts
Cette flambée des cours a des répercussions concrètes et immédiates sur l’économie réelle, particulièrement pour l’industrie du luxe et de la bijouterie en France. Avec une matière première dont le coût a explosé, les artisans et les grandes maisons doivent faire preuve d’agilité.
Une enquête publiée mi-février par le magazine Le Point révèle une mutation profonde du secteur. Pour maintenir des prix de vente acceptables pour le grand public, de nombreux bijoutiers indépendants délaissent l’or 18 carats (le standard historique en France) au profit d’alliages à 9 ou 14 carats, moins riches en or pur. D’autres se tournent vers l’ingénierie 3D pour alléger la structure des bijoux sans en altérer l’apparence.
Parallèlement, le réflexe du recyclage s’installe durablement. Le rachat d’or ancien aux particuliers est devenu une source d’approvisionnement majeure, permettant aux enseignes de contourner partiellement les coûts du marché spot. Si les géants du luxe comme Pomellato maintiennent leur positionnement opulent, le marché intermédiaire est contraint à la transformation.
Une économie contrastée qui favorise les valeurs refuges
L’attrait pour l’or est renforcé par un climat d’incertitude sur les marchés actions européens. La saison des résultats annuels 2025, qui bat son plein à Paris, offre une image très contrastée de la santé économique des entreprises, incitant les investisseurs à la prudence.
Si le secteur industriel, représenté par le fabricant de câbles Prysmian, affiche une santé de fer avec un bénéfice record de 1,27 milliard d’euros (+74,2 %), d’autres acteurs historiques souffrent. Le groupe de chimie Arkema a rapporté une chute brutale de plus de 80 % de son bénéfice net, tandis que le distributeur Casino voit son chiffre d’affaires s’éroder suite à des fermetures de magasins nécessaires à sa restructuration.
Ces disparités sectorielles alimentent la volatilité des bourses et confortent les gestionnaires de patrimoine dans leur stratégie de diversification vers les métaux précieux.
L’anomalie vietnamienne : une leçon de marché
Il est intéressant de noter que la dynamique de l’or n’est pas linéaire partout. Au Vietnam, marché traditionnellement très friand de métal physique, un phénomène contre-intuitif a été observé ce 26 février lors du jour du « Dieu de la Richesse » (Vía Thần Tài).
Alors que cette date est culturellement propice à l’achat d’or pour attirer la chance, le prix domestique a connu une baisse inattendue, à rebours des cours mondiaux élevés. Selon le média local Lao Dong, malgré de longues files d’attente devant les bijouteries de Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, le marché local a subi une pression vendeuse ou un ajustement technique, causant des pertes immédiates pour les acheteurs du jour. Cet événement rappelle aux investisseurs que si la tendance de fond est haussière, les spécificités locales et les prises de bénéfices peuvent créer des mouvements de correction à court terme.
Dans un monde où les dettes publiques s’accumulent et où les taux d’intérêt baissent, l’or semble bien parti pour valider les prévisions des banques centrales, s’imposant plus que jamais comme la « monnaie ultime » face aux incertitudes de 2026.



