Entre la fin de la paralysie budgétaire aux États-Unis, les pressions commerciales sur l’Inde et les menaces militaires envers l’Iran, le climat international de ce début février 2026 est électrique. Dans ce contexte d’incertitude majeure, le cours de l’or pulvérise ses records, confirmant son statut de valeur refuge par excellence pour les investisseurs européens et mondiaux.
5 595,41 euros. C’est le nouveau record historique atteint par l’once d’or au comptant à la fin du mois de janvier. Ce chiffre vertigineux ne relève pas du hasard : il est le thermomètre précis d’un monde en pleine reconfiguration diplomatique et monétaire. Alors que les États-Unis viennent tout juste de clore un chapitre de paralysie budgétaire ce 3 février, les regards des marchés se tournent vers une politique étrangère américaine de plus en plus agressive et une Réserve fédérale sous pression.
La valeur refuge dopée par les tensions militaires
La hausse spectaculaire du métal jaune s’explique avant tout par la résurgence du risque géopolitique. Les investisseurs, en quête de sécurité pour leurs capitaux, réagissent aux bruits de bottes émanant de Washington.
Après l’échec des négociations diplomatiques, Donald Trump a explicitement évoqué, fin janvier, la possibilité d’une nouvelle frappe majeure contre l’Iran, ciblant spécifiquement les dirigeants et les infrastructures nucléaires. Cette déclaration fait écho aux attaques menées par les forces américaines à la mi-2025 et s’accompagne d’un déploiement naval significatif dans la région.
À cela s’ajoute une incursion américaine au Venezuela survenue plus tôt en janvier, exacerbant les tensions en Amérique latine. Pour l’épargnant belge ou français, la mécanique est connue : lorsque l’instabilité politique grimpe, l’or s’apprécie, jouant son rôle d’assurance contre le chaos.
Note pédagogique : Le prix « au comptant » (ou spot) désigne le prix pour une livraison immédiate du métal, contrairement aux contrats « à terme » (futures) qui anticipent le prix à une date ultérieure. Le record des contrats à terme pour avril s’établit d’ailleurs encore plus haut, à 5 625,89 €/oz.
Un virage stratégique sur l’énergie et le commerce
Au-delà du spectre militaire, c’est la guerre commerciale et énergétique qui redessine les flux mondiaux, avec des conséquences directes pour l’Europe. Ce 3 février, l’Inde, partenaire commercial clé, a cédé aux pressions de la Maison-Blanche. New Delhi va mettre fin à l’achat de pétrole russe, une décision majeure qui risque de bouleverser l’approvisionnement énergétique mondial et de tendre encore davantage les relations avec Moscou. Si le Kremlin indique n’avoir reçu aucune indication officielle, cette manœuvre isole un peu plus l’économie russe.
En contrepartie, Donald Trump a annoncé la conclusion d’un accord commercial d’envergure avec l’Inde. Cette stratégie du « bâton et de la carotte » s’étend même à l’Amérique du Sud, où le président colombien a affirmé que son homologue américain avait accepté de jouer les médiateurs dans la crise diplomatique avec l’Équateur.
La Fed sous pression : vers une baisse massive des taux ?
Si la géopolitique soutient l’or, la politique monétaire pourrait lui donner un second souffle. Bien que la Réserve fédérale américaine (Fed) ait maintenu ses taux inchangés lors de sa réunion de fin janvier, le discours évolue rapidement.
Ce 3 février, Miran, l’un des gouverneurs de la Fed, a appelé à une baisse des taux directeurs de plus de 1 % pour l’année 2026. Cette déclaration est cruciale pour les marchés.
Pourquoi est-ce important pour le cours de l’or ? L’or ne génère pas de rendement (ni dividende, ni intérêt). Par conséquent, lorsque les taux d’intérêt sont élevés, les obligations d’État deviennent plus attractives que l’or. À l’inverse, si les taux baissent, le coût d’opportunité de détenir de l’or diminue, ce qui favorise généralement une hausse de son prix.
L’horizon 2026 semble donc dégagé pour le métal précieux : une instabilité géopolitique qui pousse à la prudence et une perspective de baisse des taux qui renforce son attractivité financière. Dans ce climat, la prudence reste de mise, mais la tendance de fond pour les valeurs refuges semble solidement ancrée.



