Alors que l’attention des marchés se porte souvent sur l’or, l’argent métal traverse une crise d’offre silencieuse mais majeure en ce début d’année 2026. Avec un déficit structurel cumulé depuis quatre ans et une demande industrielle dopée par la transition énergétique, les stocks mondiaux s’érodent à une vitesse inquiétante. Décryptage d’une tension de marché qui pourrait redéfinir les prix à court terme.
C’est un chiffre qui alerte les analystes des matières premières : 650 millions d’onces. Il s’agit du déficit cumulé enregistré par le marché de l’argent au cours des quatre dernières années, marquant un déséquilibre structurel profond installé depuis 2021.
Les réserves s’amenuisent visiblement. D’après les données compilées notamment par le Silver Institute, les stocks du COMEX, la principale place boursière pour les métaux précieux, ont chuté drastiquement. De 400 millions d’onces en 2021, ils sont passés à seulement 280 millions d’onces en ce début d’année 2026. Si le rythme actuel de consommation se maintient, les experts estiment que les stocks connus pourraient s’épuiser d’ici 4 à 6 ans.
L’appétit insatiable du photovoltaïque et de l’électrique
La cause principale de cet assèchement des réserves n’est pas spéculative, mais industrielle. Le « métal gris » est en effet indispensable à la transition énergétique. L’industrie photovoltaïque absorbe à elle seule une part colossale de la production minière.
Actuellement, la fabrication de panneaux solaires consomme 232 millions d’onces par an, avec une croissance soutenue de 15 à 20 % chaque année. Selon les projections, cette demande sectorielle pourrait atteindre les 400 millions d’onces d’ici 2030, exerçant une pression intenable sur l’offre existante.
Parallèlement, le secteur automobile accentue cette tension. La généralisation des véhicules électriques pèse sur la demande, chaque voiture nécessitant entre 25 et 50 grammes d’argent pour ses composants électroniques et ses batteries.
Des indicateurs financiers sous surveillance
Sur les marchés financiers, cette réalité physique commence à se traduire par des signaux d’alerte, bien que le cours n’ait pas encore totalement intégré la pénurie à venir. Un indicateur clé est particulièrement scruté : le ratio or/argent.
Le ratio or/argent : qu’est-ce que c’est ?
Cet indicateur mesure combien d’onces d’argent sont nécessaires pour acheter une once d’or. Historiquement, la moyenne se situe autour de 60 pour 1. Un chiffre plus élevé indique généralement que l’argent est sous-évalué par rapport à l’or.
Au 14 janvier 2026, ce ratio oscille autour de 85:1, bien au-dessus de sa moyenne historique de 60:1. Cet écart suggère un potentiel de rattrapage important pour l’argent. De plus, une véritable tension sur le marché physique se manifesterait par l’apparition de primes (le surcoût à l’achat par rapport au cours « papier ») dépassant les 20 à 25 %, un seuil que les investisseurs surveillent désormais de près.
L’or reste soutenu par l’instabilité politique
Si l’argent répond à une logique industrielle, l’or conserve son statut de valeur refuge face aux turbulences géopolitiques et monétaires. Récemment, une attaque verbale de Donald Trump à l’encontre de la Réserve fédérale américaine (Fed) a provoqué une brusque envolée du cours du métal jaune, rappelant la sensibilité du marché aux incertitudes institutionnelles.
Dans une intervention sur BFM Business, Laurent Schwartz a analysé les perspectives du métal jaune, soulignant la continuité des tendances haussières pour 2025 et 2026. Les analystes s’interrogent désormais pour savoir si 2026 marquera une nouvelle année record, dans la lignée des performances observées l’an passé.
Sécuriser son investissement
Dans ce contexte de marché tendu, la question de la détention physique des métaux précieux revient au centre des préoccupations des épargnants belges et français. La publication récente d’un comparatif intitulé « Coffre-fort personnel ou coffre en banque : le vrai comparatif » met en lumière les avantages et inconvénients des solutions de stockage. Face aux risques de liquidité et de sécurité, le choix du mode de conservation devient aussi stratégique que l’achat lui-même.
Alors que les réserves fondent et que l’industrie réclame toujours plus de matière première, l’année 2026 pourrait bien être celle où la réalité physique du manque d’argent métal finira par dicter sa loi aux marchés financiers.



