Porté par une hausse spectaculaire des cours en 2024 et 2025, le marché de l’or connaît une mutation profonde. En Europe, les particuliers revendent massivement leurs vieux bijoux, à tel point que le volume d’or recyclé sur le continent excède désormais la demande des joailliers.
Jamais les vieux bijoux n’ont autant brillé. Alors que le cours de l’or a enregistré une progression fulgurante de 36 % sur l’année 2024, la réaction des détenteurs de métal jaune ne s’est pas fait attendre. Selon les dernières données disponibles en ce début d’année 2026, cette appréciation des cours a entraîné un bond mécanique de l’offre d’or recyclé.
Au niveau mondial, ce sont 1 370 tonnes d’or qui ont été recyclées en 2024, représentant désormais 27 % de l’offre totale de métal jaune disponible sur la planète. Une tendance qui s’est accélérée en fin d’année, avec une hausse de 15 % des volumes recyclés sur le seul quatrième trimestre, confirmant la corrélation directe entre le prix du lingot et la propension des ménages à se séparer de leurs biens précieux.
L’Europe, une mine à ciel ouvert
Si le phénomène est mondial, il prend une dimension particulière sur le Vieux Continent. L’Europe se distingue par une statistique frappante : elle recycle désormais plus d’or qu’elle n’en consomme pour la fabrication de bijoux neufs.
Les chiffres rapportés par la plateforme Gold.fr indiquent qu’avec 270 tonnes d’or recyclé pour seulement 200 tonnes de consommation bijoutière, l’Europe affiche un taux de couverture de 135 %. Concrètement, cela signifie que les ménages européens, qu’ils soient belges, français ou allemands, sont devenus des fournisseurs nets de matière première. Les fonds de tiroirs et les coffres familiaux agissent comme une véritable mine urbaine, réinjectant des liquidités dans l’économie réelle alors que les actifs financiers traditionnels peinent parfois à rivaliser.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où l’or surperforme d’autres classes d’actifs, y compris les actions et le bitcoin selon des analyses récentes de décembre 2025. Même l’argent métal n’est pas en reste, ayant enregistré une hausse record de +70 % en 2025.
Alliances et colliers : 90 % de la source
D’où vient cet or qui retourne aux fonderies ? Contrairement à une idée reçue liée à nos smartphones et ordinateurs, l’or technologique reste minoritaire. Les données indiquent que 90 % de l’or recyclé provient de la bijouterie. Alliances démodées, chaînes cassées ou héritages « dormants » constituent l’essentiel du gisement.
Les 10 % restants proviennent principalement des composants électroniques. Si ce secteur est crucial pour l’écologie, il reste marginal en termes de volume pur d’or récupéré comparé au poids des objets en or 18 ou 24 carats détenus par les particuliers.
Pédagogie : Qu’est-ce que le recyclage de l’or ?
Le terme « recyclage » dans l’industrie aurifère désigne le processus par lequel de l’or déjà existant (bijoux, pièces, déchets industriels) est vendu contre des liquidités, puis fondu et affiné. Une fois purifié, cet or retrouve une qualité de 99,9 %, identique à celle de l’or extrait des mines. Il est ensuite transformé en nouveaux bijoux, en lingots d’investissement ou réutilisé dans l’industrie.
2026 : Vers une poursuite de la tendance ?
L’année 2025 a été qualifiée d’année de tous les records par les analystes, et la question qui agite le marché en ce mois de janvier 2026 est la pérennité de ce mouvement. L’analyste Nicolas Compard s’interrogeait récemment : « 2025 l’année de tous les records pour l’or, 2026 aussi ? ».
Tant que les cours se maintiendront à ces niveaux historiques, l’incitation à la vente restera forte pour les particuliers. D’autant plus que l’actualité grand public continue de mettre le métal jaune à l’honneur, à l’image des opérations marketing récentes de janvier offrant des lingotins dans les galettes des rois, qui maintiennent l’or au centre des conversations familiales.
Pour l’épargnant, la leçon est double : l’or protège le capital sur le long terme, mais il offre aussi une liquidité immédiate en cas de besoin, transformant le bijou d’hier en pouvoir d’achat d’aujourd’hui.



