Alors que l’or a enregistré en 2025 sa plus forte hausse depuis la création de l’euro, les investisseurs se ruent sur le métal jaune en ce début d’année 2026. Entre la facilité des produits financiers (ETF) et la sécurité du métal tangible, le choix dépend avant tout du profil de risque et des objectifs patrimoniaux.
Bruxelles/Paris – Le bilan est sans appel. Avec une progression spectaculaire de +45 % sur l’année 2025, l’or a non seulement surperformé les marchés boursiers traditionnels, mais il a également devancé le bitcoin. Cette performance, qualifiée d’« année de tous les records » par les analystes du secteur, marque le retour en force de la valeur refuge par excellence.
Dans ce contexte d’euphorie, où même l’argent métal a vu son cours bondir de +70 % l’an passé, de nombreux épargnants cherchent à entrer sur le marché. Cependant, une question technique mais cruciale divise les investisseurs : faut-il acheter de l’or « papier » ou de l’or physique ?
Une fièvre de l’or qui traverse l’Europe
L’attrait pour le métal précieux dépasse les cercles financiers habituels. Dès la fin de l’année 2025, le magazine L’ADN rapportait une véritable « fièvre de l’or » dans certaines régions comme l’Alsace, stimulée par la hausse verticale des cours. Cet engouement populaire s’explique par la recherche de sécurité face aux incertitudes économiques.
Comme l’analysait Laurent Schwartz sur l’antenne de BFM Business en décembre dernier, la solidité du marché repose sur des fondamentaux robustes, confirmant un cycle haussier durable.
Or papier vs Or physique : le match des coûts et des risques
Pour l’investisseur particulier, la distinction entre les deux formes d’investissement est essentielle.
L’or papier (ETF, certificats, contrats à terme) permet de s’exposer aux fluctuations du cours de l’or sans avoir à gérer la logistique du métal. Son principal atout réside dans ses frais de gestion réduits. Le coût de détention d’un ETF est généralement estimé entre 0,25 % et 0,40 % par an.
À l’inverse, l’or physique (pièces, lingots) implique des frais de logistique plus élevés. Le coût de stockage sécurisé en coffre est estimé entre 0,5 % et 1 % par an. Si l’or papier semble mathématiquement plus avantageux à court terme, cette vision occulte une notion fondamentale en gestion de patrimoine : la propriété réelle.
Comprendre le risque de contrepartie
La différence majeure réside dans la nature de l’actif. L’or physique offre une autonomie totale : l’investisseur est le seul propriétaire de son bien. L’or papier, lui, repose sur une créance. Il implique une chaîne d’intermédiaires (l’émetteur du certificat, le dépositaire, les auditeurs). C’est ce que l’on nomme le risque de contrepartie.
Qu’est-ce que le risque de contrepartie ?
Il s’agit du risque que l’une des parties engagées dans une transaction financière ne puisse pas honorer ses engagements (faillite, défaut de paiement). Dans le cas de l’or papier, si l’émetteur fait faillite, l’investisseur peut perdre tout ou partie de son capital, car il ne détient pas le métal en propre, mais une promesse de remboursement indexée sur le cours.
L’histoire financière récente rappelle que ce risque n’est pas théorique. Lors de la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008, de nombreux produits dérivés ont perdu leur valeur. Plus récemment, en mars 2020, au début de la pandémie, des tensions ont provoqué une suspension des créations de parts sur certains ETF, créant un écart (spread) de 4 à 5 % avec le cours réel de l’or (spot). En 2022, le LME (London Metal Exchange) a même annulé des transactions sur le nickel face à une volatilité extrême.
2026 : Les indicateurs économiques sous surveillance
En ce mois de janvier 2026, l’analyse des repères économiques — inflation, croissance et dette publique — reste au cœur des préoccupations. Si l’or papier convient aux traders cherchant à spéculer sur les variations de prix à court terme (liquidité immédiate, faibles frais), l’or physique demeure l’outil privilégié pour la préservation du capital à long terme.
Face à une dette publique qui continue de peser sur les économies de la zone euro et une inflation qui, bien que ralentie, reste un sujet de vigilance, la détention d’un actif tangible, sans risque de contrepartie, apparaît comme une assurance patrimoniale face aux aléas systémiques.



