Alors que l’or capte souvent la lumière des projecteurs médiatiques, l’argent métal s’impose en ce début d’année 2026 comme l’actif incontournable. Porté par une demande industrielle explosive, notamment dans le secteur photovoltaïque, le métal gris affiche un déficit d’offre chronique qui soutient une hausse des cours spectaculaire.
En ce mois de janvier 2026, les investisseurs ayant parié sur le métal gris peuvent se féliciter. Le prix de l’argent a progressé de plus de 30 % sur un an, réalisant une performance supérieure à celle de l’or sur la même période. Si le métal jaune reste la valeur refuge par excellence, l’argent bénéficie d’une double nature, à la fois monétaire et industrielle, qui agit comme un puissant levier sur son cours.
Cette dynamique haussière ne relève pas de la simple spéculation, mais repose sur des fondamentaux de marché déséquilibrés. Selon les données relayées par Gold.fr, le marché fait face à une pénurie physique qui s’aggrave d’année en année.
Le photovoltaïque absorbe des quantités records
Le moteur principal de cette demande effrénée se trouve sur les toits de nos habitations et dans les fermes énergétiques. La transition énergétique, en Europe comme ailleurs, est très gourmande en matières premières. La filière solaire a ainsi absorbé plus de 200 millions d’onces d’argent en 2024, un chiffre qui a doublé par rapport à l’année 2020, où la consommation s’élevait à 100 millions d’onces.
Cette soif de métal conducteur est telle que le secteur photovoltaïque consomme désormais, à lui seul, plus de 10 % de la production annuelle mondiale. L’argent est en effet indispensable à la fabrication des panneaux solaires pour ses propriétés de conductivité électrique inégalées. Avec l’accélération des objectifs climatiques, cette pression de la demande industrielle semble partie pour durer.
Un quatrième déficit consécutif
Face à cette demande qui explose, l’offre peine à suivre. Le Silver Institute estime le déficit du marché de l’argent pour l’année 2024 à environ 150 millions d’onces. C’est une détérioration marquée par rapport aux prévisions antérieures qui tablaient déjà sur un manque de 117,6 millions d’onces pour 2025.
Ce chiffre marque surtout la quatrième année consécutive de déficit structurel. Autrement dit, le monde consomme plus d’argent qu’il n’en produit, puisant inévitablement dans les stocks existants.
Pourquoi les mines ne produisent-elles pas plus ?
Pour l’investisseur novice, la situation peut sembler paradoxale : pourquoi la hausse des prix (+30 %) ne stimule-t-elle pas immédiatement une hausse de la production ? La réponse réside dans la géologie et l’économie minière.
La production minière mondiale stagne autour de 820 à 850 millions d’onces par an depuis dix ans. Cette inertie s’explique par la nature particulière de l’extraction de l’argent. La majorité de l’argent extrait n’est pas issu de mines d’argent pur, mais est un sous-produit d’autres métaux comme le cuivre, le zinc ou le plomb.
Par conséquent, l’offre est considérée comme « rigide » : une mine de cuivre n’augmentera pas sa production simplement parce que le prix de l’argent monte, si le prix du cuivre, lui, ne justifie pas une extraction supplémentaire. Cette dépendance rend l’ajustement de l’offre extrêmement lent et complexe.
Le ratio Or/Argent : un indicateur à surveiller
Malgré la hausse récente, certains analystes estiment que l’argent conserve un potentiel d’appréciation important lorsqu’on le compare à l’or. Le ratio or/argent se situe actuellement autour de 85-90.
Le ratio or/argent mesure combien d’onces d’argent sont nécessaires pour acheter une once d’or. Historiquement, un ratio élevé (au-dessus de 80) suggère souvent que l’argent est sous-évalué par rapport à l’or, ou que l’or est surévalué.
Avec un cours qui s’était stabilisé autour de 38,05 $ l’once troy mi-2025 avant d’entamer sa récente ascension, l’argent métal confirme son statut d’actif stratégique. Entre une production minière incapable d’accélérer la cadence et une industrie verte en pleine expansion, l’étau se resserre sur les stocks physiques disponibles, dessinant un avenir où la rareté pourrait devenir la norme.



